Un partenariat stratégique pour les décennies à venir
Les deux nations ont choisi de poser les bases d’un accord ambitieux, conçu pour transcender les intérêts immédiats et s’inscrire dans la durée. L’objectif ? Créer un cadre similaire au traité de l’Élysée, signé en 1963 entre la France et l’Allemagne, mais adapté aux réalités contemporaines du Maroc et de la France.
Une commission bilatérale, chargée de proposer des orientations concrètes, a été mise en place. Elle ne négociera pas directement le traité, mais définira les grands principes de cette coopération future. Parmi ses missions : établir les priorités stratégiques d’ici 2035-2040, structurer les mécanismes de dialogue politique et tracer les axes de collaboration dans les domaines économique, sécuritaire, militaire, universitaire et culturel.
Un héritage historique à réinventer
Ce futur traité remplacera l’accord de La Celle-Saint-Cloud, signé en 1955, qui avait marqué le retour de l’indépendance du Maroc et la fin du protectorat français. Cet accord avait notamment permis le retour de Mohammed V sur le trône après son exil forcé en 1953. Aujourd’hui, il s’agit de capitaliser sur ces fondations pour bâtir une relation d’égal à égal, tournée vers l’avenir.
Quatre piliers pour une alliance durable
Ce partenariat reposera sur quatre axes majeurs, conçus pour renforcer la complémentarité entre les deux pays.
- L’économie, moteur de la croissance mutuelle : la France s’engage à investir massivement dans les secteurs clés de l’industrie marocaine, notamment l’automobile, le ferroviaire, la défense et le transport maritime. En échange, Rabat offrira un accès privilégié aux entreprises françaises pour ses grands projets d’infrastructures, assorti d’incitations fiscales attractives.
- La sécurité et la défense, socle de la stabilité régionale : transferts technologiques pour faire du Maroc un pôle de production d’équipements militaires, renforcement des programmes de formation conjointe, et coordination accrue face aux défis sécuritaires, en particulier au Sahel.
- La culture et l’éducation, vecteurs d’influence : pérennisation du rôle central du français dans le système éducatif marocain, promotion de la francophonie sans exclure l’anglais, et facilitation de l’accès des étudiants marocains aux universités françaises (plus de 42 000 actuellement). Développement du réseau des instituts culturels français et création de nouveaux établissements scolaires, notamment dans les provinces du Sud.
- La géopolitique, au service des ambitions communes : soutien de la France au plan d’autonomie pour le Sahara, défendu par la résolution 2797 du Conseil de sécurité (octobre 2025), ainsi qu’un appui renforcé dans les enceintes européennes et multilatérales. Paris compte aussi sur Rabat pour relancer son influence en Afrique de l’Ouest, en s’appuyant sur sa position de hub régional.
« Ce traité d’amitié scellerait une alliance inédite entre la France et un État non membre de l’Union européenne, un exploit que l’Algérie n’a jamais réussi à accomplir en plus de vingt ans de tentatives, malgré les efforts déployés sous les présidences successives de Jacques Chirac, Abdelaziz Bouteflika, Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune. »
— Mustapha Sehimi
Un modèle pour l’Europe et l’Afrique
Ce traité ne se limite pas à une simple coopération bilatérale. Il pourrait servir de référence pour repenser les relations entre l’Europe et l’Afrique. Le Maroc, puissance régionale incontournable, s’impose comme un partenaire clé dans les domaines énergétique, logistique et sécuritaire. Cette alliance pourrait ainsi devenir un exemple de partenariat équilibré, où chaque partie tire profit de ses atouts respectifs.
En consolidant leurs liens, la France et le Maroc ne cherchent pas seulement à renforcer leur relation, mais à façonner un nouveau modèle de coopération, adapté aux enjeux du XXIe siècle.
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