Depuis plusieurs semaines, les échanges diplomatiques s’intensifient en Afrique de l’Ouest entre les États membres de la CEDEAO et les pays de l’Alliance des États du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger). L’objectif est de rétablir le dialogue autour des enjeux sécuritaires et économiques communs, en mettant de côté les différends politiques. Cette dynamique repose sur un réalisme pragmatique qui privilégie la coopération bilatérale et régionale.
Le 15 juin, le ministre ivoirien de la Défense, Tene Birahima Ouattara, a déclaré être « sincèrement prêt à une reprise de la coopération sécuritaire » avec le Mali et le Burkina Faso. Il a souligné que le terrorisme ne peut être vaincu par un seul État et qu’une mutualisation des forces est indispensable.
Les régimes militaires du Mali et du Burkina Faso reconnaissent que la rupture avec la CEDEAO n’exclut pas des coopérations bilatérales, mais il leur est difficile de modifier leur posture envers Abidjan. La Côte d’Ivoire est régulièrement accusée d’héberger des éléments terroristes financés par la France, des accusations jamais prouvées mais qui alimentent le discours officiel. Malgré ces tensions, des canaux discrets de coopération subsistent, et des milliers de ressortissants maliens et burkinabè vivent en Côte d’Ivoire.
Un rapprochement significatif a lieu entre le Bénin et le Niger. Le nouveau président béninois, Romuald Wadagni, a entrepris des gestes d’apaisement depuis son investiture le 24 mai. Les 20 et 21 juin, une réunion d’experts à Cotonou a permis d’avancer sur les modalités de coopération en matière de défense et de sécurité, ainsi que sur la réouverture de la frontière commune. La délégation nigérienne a demandé des éclaircissements sur la présence supposée d’éléments étrangers à la frontière, faisant référence à une prétendue base militaire française au Bénin, accusation récurrente mais infondée.
Le ministre nigérien de l’Intérieur, Mohamed Toumba, a salué « une nouvelle ère » entre les deux pays, affirmant que le dialogue a créé de la valeur pour les économies et de la sécurité pour les populations. L’enjeu économique est crucial dans cet espace où les destins sont liés.
Les initiatives de normalisation devraient se multiplier dans les mois à venir, réactivant les logiques de voisinage historique. Elles soulignent l’urgence de réponses endogènes aux défis sécuritaires, en écho aux appels de l’ONU et aux signaux de la Russie, partenaire des pays de l’AES, qui a encouragé un dialogue pragmatique entre la CEDEAO et l’AES.
Déjà, des protocoles bilatéraux existent entre l’AES et le Ghana, la Guinée, le Togo et le Sénégal. Malgré leur retrait de la CEDEAO, les pays de l’AES restent membres de l’UEMOA et leurs ressortissants bénéficient de la libre circulation. Ce divorce inachevé interroge sur le bien-fondé du retrait, initialement motivé par la condamnation des coups d’État par la CEDEAO et le refus de rétablir l’ordre constitutionnel.
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