31 mai 2026

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Tchad : l’ENA organise une conférence sur la décentralisation et les conseils provinciaux

Tchad : l’ENA organise une conférence sur la décentralisation et les conseils provinciaux

Dans le cadre des Grands rendez-vous de l’ENA, l’École Nationale d’Administration a accueilli hier après-midi une conférence-débat animée par l’ancien Premier ministre et sénateur Albert Pahimi Padacké. Le thème central portait sur « la décentralisation dans la dynamique du développement : le rôle des conseils provinciaux ». L’amphithéâtre de l’établissement était comble, rassemblant étudiants, fonctionnaires en formation, administrateurs civils et représentants politiques.

Un débat à la fois historique et prospectif

Albert Pahimi Padacké, figure politique aux multiples expériences, a captivé l’assistance par une intervention alliant expertise et pragmatisme. Dès l’ouverture, il a salué l’opportunité d’échanger sur un sujet aussi stratégique que la décentralisation, un levier essentiel pour ancrer le développement au niveau local. Son analyse s’est articulée autour de trois axes majeurs, révélant à la fois les fondements et les défis de ce processus.

Des racines profondes et une évolution constitutionnelle

Le conférencier a replacé la décentralisation tchadienne dans son contexte historique. Il a rappelé que cette dynamique s’est accélérée dans les années 1990, sous l’impulsion des transitions démocratiques en Afrique, des exigences des partenaires internationaux et de l’adoption d’un modèle de gouvernance axé sur la proximité avec les populations. Le Tchad a franchi une étape décisive avec la Conférence Nationale Souveraine de 1993, qui a scellé le choix d’un État unitaire mais fortement décentralisé.

Cette orientation a été formalisée dans la Constitution du 31 mars 1996, puis réaffirmée dans celle du 29 décembre 2023 (5e République). Plusieurs lois organiques ont concrétisé ce choix, notamment la loi n°14 de 2024 sur les statuts des collectivités autonomes et la loi n°28 de 2024 définissant la répartition des compétences entre l’État central et les entités décentralisées.

Conférence sur la décentralisation au Tchad à l'ENA

Des principes juridiques solides mais des applications encore en suspens

Parmi les piliers de cette réforme, Albert Pahimi Padacké a mis en avant deux principes fondamentaux : le transfert effectif des compétences et des ressources, ainsi que le principe de subsidiarité. Ce dernier, inscrit à l’article 271 de la Constitution, vise à rapprocher la prise de décision des citoyens en privilégiant les instances locales. La loi organique n°28 de 2024 transfère effectivement des prérogatives importantes aux conseils provinciaux, bien que des textes d’application soient encore nécessaires pour en préciser les modalités.

Les freins à une décentralisation pleinement opérationnelle

Malgré ces avancées, l’ancien Premier ministre a dressé un bilan sans concession des obstacles persistants. Il a pointé du doigt des retards récurrents dans le transfert des ressources financières et humaines, une insuffisance criante des capacités techniques et administratives au sein des conseils provinciaux, ainsi que des dysfonctionnements dans la gouvernance locale. La coordination entre l’administration déconcentrée et les collectivités autonomes reste également perfectible.

Des pistes concrètes pour une décentralisation efficace

Pour transformer ces conseils provinciaux en véritables moteurs du développement, Pahimi Padacké a proposé plusieurs pistes concrètes. Parmi elles, l’accélération du transfert effectif des ressources, notamment une quote-part accrue des revenus pétroliers et fiscaux. Il a également souligné l’urgence de renforcer les capacités des élus et des agents territoriaux, de mettre en place des mécanismes rigoureux de suivi et d’évaluation, et d’impliquer davantage la société civile et les partenaires au développement. Enfin, il a rappelé l’importance de respecter strictement le principe de subsidiarité pour éviter que la décentralisation ne reste qu’un concept théorique.

En conclusion, il a interpellé les futurs administrateurs présents dans la salle : la réussite de la décentralisation ne dépend pas seulement des textes, mais aussi de leur engagement à faire de cette réforme un levier concret de développement équilibré et de proximité avec les citoyens.