22 juillet 2026

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Gaskindé : l’ombre persistante sur l’attaque qui a changé le Burkina Faso

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Le 26 septembre 2022, le nord du Burkina Faso a été le théâtre d’un drame qui allait marquer un tournant dans l’histoire récente du pays. Un convoi militaire en route vers la ville de Djibo, encerclée par les groupes armés, tombait dans une embuscade meurtrière à Gaskindé. Revendiquée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), lié à Al-Qaïda, cette attaque a coûté la vie à au moins 37 personnes, dont 27 militaires, et laissé de nombreux blessés dans son sillage.

Un événement aux répercussions politiques immédiates

Quatre jours plus tard, le 30 septembre 2022, le capitaine Ibrahim Traoré renversait le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba lors d’un coup d’État. Ce enchaînement rapide a suscité des interrogations persistantes sur les conditions exactes de l’attaque de Gaskindé et ses conséquences politiques.

Une enquête avortée avant d’aboutir

Dans les heures qui ont suivi l’embuscade, des investigations internes ont été lancées pour élucider les circonstances du drame. Plusieurs questions centrales se posaient :

  • Comment les assaillants ont-ils pu préparer une telle opération avec une précision aussi redoutable ?
  • Comment ont-ils obtenu des informations aussi détaillées sur l’itinéraire du convoi ?
  • Quelles défaillances ont permis à l’attaque de réussir malgré les dispositifs de sécurité ?
  • Des fuites ou complicités internes ont-elles joué un rôle dans ce désastre ?

Ces pistes nécessitaient une enquête approfondie, mais le renversement de Damiba a interrompu le processus avant qu’un rapport officiel ne soit rendu public.

Un silence institutionnel qui nourrit les doutes

Dans une démocratie ou un État en crise, une attaque d’une telle envergure devrait normalement donner lieu à une enquête indépendante, à la publication d’un rapport détaillé et, si nécessaire, à des sanctions contre les responsables. Pourtant, à ce jour, aucune information officielle n’a été communiquée pour éclairer les circonstances de cette tragédie.

Trois éléments aggravent cette absence de transparence :

  • L’absence de communication sur les conclusions des investigations ;
  • L’absence de poursuites publiques contre d’éventuels responsables internes ;
  • Le manque d’informations permettant aux familles des victimes de comprendre les causes exactes de leur perte.

Ce manque de clarté alimente les spéculations et érode la confiance entre les citoyens et les institutions militaires.

Gaskindé, un symbole des défaillances sécuritaires

L’attaque de Gaskindé est devenue un symbole des échecs du régime Damiba à rétablir la sécurité. Le capitaine Ibrahim Traoré a justifié son coup d’État par la nécessité de remédier à cette dégradation. Pourtant, une question persiste : pourquoi, une fois au pouvoir, n’a-t-il pas levé le voile sur les circonstances de cette attaque, qui a pourtant servi de justification majeure à son accession à la tête de l’État ?

Si le changement de régime visait à corriger les erreurs du passé, il aurait pu aussi être l’occasion d’établir les responsabilités liées à Gaskindé, afin de restaurer la confiance des Burkinabè dans leurs institutions.

Transparence ou double discours ?

Une autorité qui se présente comme un rempart contre les pratiques du passé se doit d’être exemplaire en matière de transparence. Gouverner ne se limite pas à dénoncer les erreurs des prédécesseurs ; cela implique aussi de répondre aux interrogations laissées en suspens.

En ne communiquant pas clairement sur l’état des investigations concernant Gaskindé, le pouvoir actuel s’expose à une critique récurrente : exiger des comptes des anciens dirigeants tout en se refusant à appliquer les mêmes exigences à soi-même. Cette attitude entretient un climat de suspicion qui fragilise la crédibilité des institutions.

Les failles internes, un angle mort dans la lutte antiterroriste

L’histoire des insurrections montre que les groupes armés exploitent souvent les vulnérabilités internes des États : manque de renseignement, corruption, infiltrations ou dysfonctionnements au sein des chaînes de commandement. Réduire la crise sécuritaire du Burkina Faso à la seule menace des groupes djihadistes reviendrait à ignorer ces facteurs internes qui favorisent leurs actions.

Lorsqu’un convoi militaire est pris dans une embuscade d’une telle ampleur, la question des responsabilités internes doit être examinée avec la plus grande rigueur. La lutte contre le terrorisme ne repose pas uniquement sur l’efficacité des opérations militaires, mais aussi sur la capacité des institutions à identifier et sanctionner leurs propres défaillances.

Justice et mémoire : un devoir inachevé

Près de quatre ans après les événements, le dossier Gaskindé reste un sujet sensible de la vie politique burkinabè. Les familles des victimes, les soldats sur le terrain et les citoyens attendent toujours une clarification totale sur les circonstances de cette tragédie.

Au-delà des enjeux politiques, il s’agit d’une question de justice, de mémoire et de responsabilité publique. L’histoire enseigne qu’aucune nation ne peut construire sa stabilité sur des zones d’ombre. Les événements de Gaskindé continueront d’interroger tant que les réponses attendues depuis septembre 2022 ne seront pas apportées par une enquête crédible, indépendante et transparente.

Le Burkina Faso ne pourra véritablement tourner cette page que lorsque les familles des victimes obtiendront justice et que les institutions retrouveront une part essentielle de leur légitimité.