30 mai 2026

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Sénégal : la rupture entre Diomaye Faye et Sonko bouleverse la scène politique

L’histoire politique du Sénégal vient d’entrer dans une nouvelle ère. À Dakar, le président Bassirou Diomaye Faye a décidé de mettre un terme aux fonctions de son Premier ministre Ousmane Sonko, mettant fin à une expérience politique atypique en Afrique de l’Ouest. L’ancien chef de gouvernement, fondateur du parti Pastef, a réagi en se repositionnant au sein de l’Assemblée nationale, où son parti dispose d’une majorité solide après les législatives anticipées.

Un tandem présidentiel devenu ingérable

Le duo Diomaye Faye-Sonko représentait depuis mars 2024 une formule inédite dans la région : un président élu par procuration, propulsé au pouvoir après l’inéligibilité de son mentor politique, et un Premier ministre charismatique, porteur d’une base militante historique. Ce binôme, présenté comme une innovation démocratique, reposait sur un équilibre précaire entre légitimité institutionnelle et autorité partisane. Pourtant, les tensions se sont multipliées autour des réformes en cours, de la gestion des dossiers judiciaires hérités du précédent régime et des orientations économiques. Au fil des mois, l’espace de manœuvre d’Ousmane Sonko s’est progressivement réduit, jusqu’à rendre la cohabitation insoutenable.

La Constitution sénégalaise, avec son organisation verticale du pouvoir, ne laisse que peu de marge à un partage des responsabilités. Le président, élu directement par le peuple, concentre l’essentiel des prérogatives exécutives. Dans ce contexte, la rivalité latente entre les deux figures a fini par éclater au grand jour.

Ousmane Sonko mise sur le Parlement pour conserver son influence

Écarté de la Primature, Ousmane Sonko n’a pas abandonné la partie. Le leader du Pastef conserve un atout majeur : le contrôle de la majorité parlementaire, acquise lors des dernières élections législatives. En s’installant à l’Assemblée nationale, il transforme l’institution en une plateforme de résistance politique face au palais présidentiel. Cette stratégie rappelle celle d’autres leaders africains qui, après leur éviction de l’exécutif, ont su convertir leur base parlementaire en levier d’influence durable.

Pour Bassirou Diomaye Faye, cette situation représente un défi de taille. Le chef de l’État devra désormais composer avec une majorité parlementaire encore fidèle à son ancien Premier ministre, ce qui limite considérablement sa capacité à faire adopter les réformes promises à l’électorat. La nomination d’un nouveau gouvernement, l’adoption des budgets et la mise en œuvre des grands projets dépendront d’un fragile compromis au sein même de son propre camp politique.

Quel impact pour le Sénégal et ses partenaires ?

Cette rupture dépasse le cadre personnel. Elle questionne la viabilité du projet souverainiste porté par le Pastef, notamment sur des dossiers sensibles comme la renégociation des contrats pétroliers et gaziers, la réforme du franc CFA, l’audit des finances publiques ou encore la politique migratoire. Les partenaires internationaux du pays, du Fonds monétaire international aux investisseurs présents sur les projets de Sangomar et Grand Tortue Ahmeyim, suivront avec attention l’évolution de la stabilité institutionnelle sénégalaise, jusqu’ici perçue comme un modèle démocratique en Afrique de l’Ouest.

Sur le plan régional, cette crise survient à un moment où la CEDEAO tente de reconstruire une cohésion fragilisée par le départ des États du Sahel de l’Alliance des États du Sahel. Dakar, qui avait joué un rôle de médiateur sous l’impulsion de Bassirou Diomaye Faye, pourrait voir sa crédibilité diplomatique affaiblie par les turbulences internes. La capacité du président à former une nouvelle équipe gouvernementale stable ou à apaiser les tensions au sein de son parti déterminera l’orientation future du pays.

Le Sénégal entre dans une période d’incertitude politique dont les répercussions façonneront durablement le visage de sa deuxième alternance démocratique. L’issue de cette crise reste incertaine, mais une chose est sûre : le pays vit un tournant décisif.