Alors que le Sénégal reste profondément engagé dans ses querelles internes, d’autres économies de l’Union monétaire ouest-africaine affichent des performances consolidées. Les récentes données de la BCEAO positionnent le Sénégal parmi les nations les moins dynamiques de la région.
Les attentes déçues de la relance économique au Sénégal
Suite à l’avènement du nouveau gouvernement, une grande partie de la population nourrissait l’espoir d’une reprise économique rapide pour le Sénégal, après près de trois années de fortes perturbations et d’incertitudes, exacerbées par les tensions politiques qui ont précédé l’éélection présidentielle d’avril 2024.
L’introduction de l’Agenda Sénégal 2050 en octobre 2024, suivie du Plan de redressement économique et social (PRES) le 2 août 2025, avait initialement renforcé la confiance des citoyens. Ces initiatives témoignaient de la volonté des nouvelles autorités de faire du développement socio-économique une priorité nationale absolue.
Cependant, près de trente mois plus tard, cet optimisme s’est estompé. Le pays semble englué dans une impasse. Le discours économique est progressivement supplanté par le tumulte politique, les confrontations partisanes l’emportent sur les débats de fond, et la polarisation de la vie publique s’intensifie. Les formations politiques semblent déjà tournées vers les échéances de 2029, une anticipation qui soulève de nombreuses questions sur la prospective Afrique.
Trente mois après le changement de pouvoir, les Sénégalais attendent encore de voir se concrétiser les premiers grands projets structurants du régime du président Bassirou Diomaye Faye. La dichotomie au sommet de l’État, entre le chef de l’État et son ancien Premier ministre, était souvent citée comme un frein majeur à la mise en œuvre des politiques publiques. Pourtant, le remaniement à la Primature n’a pas encore engendré l’accélération escomptée. Comme le dit si bien l’adage, briser le thermomètre ne fait pas disparaître la fièvre.
Le désaccord politique est désormais manifeste, mais la véritable impulsion économique se fait toujours attendre. Les querelles politiciennes continuent de capter l’attention, reléguant les impératifs économiques au second plan. D’une part, le camp présidentiel s’attache à consolider sa base politique, notamment à travers la création du parti Kiiraye. D’autre part, le PASTEF œuvre à maintenir sa cohésion et son influence en vue de l’élection de 2029. Dans ce contexte, l’économie du Sénégal risque de subir les plus lourdes conséquences.
Le Sénégal face à un ralentissement économique préoccupant
Aujourd’hui, les interrogations se multiplient concernant les orientations économiques actuelles. Certains se demandent même si la mise en œuvre de l’Agenda Sénégal 2050 ne marque pas le pas. Une trêve politique est pourtant essentielle pour repositionner l’économie au cœur des priorités nationales. Pendant que le Sénégal est absorbé par ses différends internes, les autres économies de l’UEMOA poursuivent leurs réformes et renforcent leur développement continent.
Les récentes statistiques de la BCEAO, publiées en juin 2026 dans son rapport sur la politique monétaire, concernant l’évolution du PIB réel au premier trimestre, classent le Sénégal parmi les économies les moins dynamiques de l’Union, avec une croissance de 4,7 %. Il se situe derrière la Guinée-Bissau (5,5 %), le Burkina Faso (5,6 %), le Togo (5,8 %), le Mali (6,1 %), le Niger (6,1 %), le Bénin (6,4 %) et la Côte d’Ivoire (6,4 %). Après avoir affiché l’une des meilleures performances de l’Union en 2025 (7,8 %), le Sénégal observe un net ralentissement de sa croissance au début de 2026. Cette baisse de 3,1 points par rapport à la moyenne de 2025 représente le recul le plus significatif parmi les pays de l’UEMOA, une donnée importante pour l’actualité africaine économique.
À cela s’ajoute une forte contraction des investissements directs étrangers (IDE), qui auraient chuté de 3,319 milliards de dollars en 2024 à seulement 37 millions de dollars en 2025. Ces indicateurs soulignent l’ampleur des défis auxquels est confrontée l’économie sénégalaise.
Trois leviers essentiels pour une transformation économique durable
Face à cette situation, il est impératif d’inverser la tendance pour permettre au Sénégal de retrouver son rôle de locomotive économique de l’UEMOA. Les trois années précédant l’élection présidentielle de 2029 devraient être utilisées pour établir les fondations d’une transformation économique pérenne, en accord avec l’ambition de bâtir « une nation souveraineté Afrique, juste, prospère et ancrée dans des valeurs fortes ».
Pour y parvenir, l’urgence est de privilégier des actions concrètes, mesurables et capables de générer des résultats à court et moyen terme. Trois axes stratégiques se dégagent :
1. Restaurer la confiance des partenaires et investisseurs
La conclusion d’un nouveau programme économique avec le Fonds monétaire international (FMI) représente une étape stratégique. Au-delà des ressources qu’un tel accord pourrait mobiliser, il enverrait un signal fort aux marchés financiers, aux agences de notation et aux bailleurs de fonds, attestant de la crédibilité de la trajectoire économique du Sénégal et renforçant la diplomatie africaine sur le plan financier.
Actuellement, le pays rencontre des difficultés à accéder aux marchés internationaux dans des conditions de financement avantageuses, en raison d’une perception de risque élevée. Reconquérir cette confiance passe également par une stratégie de « nation branding » efficace, visant à accroître l’attractivité du Sénégal, à valoriser ses atouts économiques et à mettre en lumière les opportunités d’investissement auprès des acteurs internationaux.
2. Le secteur privé national, moteur de croissance
Ce second levier consiste à ériger le secteur privé national en véritable moteur de la croissance. Cela implique de faciliter son accès au financement, de simplifier les démarches administratives, d’améliorer l’environnement des affaires et de renforcer les partenariats public-privé. Cet effort doit cibler en priorité les secteurs capables d’entraîner l’ensemble de l’économie : les infrastructures, l’énergie, l’agriculture, l’industrie, le numérique, les transports et la logistique.
3. Rationalisation des ressources publiques
Le troisième levier réside dans la rationalisation des ressources publiques, particulièrement cruciale dans un contexte où les marges de manœuvre budgétaires sont limitées. La réduction du train de vie de l’État est d’ailleurs une promesse majeure du PRES. La fusion des agences et structures d’accompagnement, maintes fois annoncée, peine à se concrétiser. Un rythme ralenti alors que l’urgence de la situation exige une action rapide.
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