Le Cameroun retient son souffle depuis le retour du président Paul Biya le 20 août, après un séjour de 74 jours en Suisse. Ce qui aurait pu passer pour une simple absence s’est transformé en un symbole politique fort : une main visible à travers la vitre entrouverte de la limousine présidentielle. Une main qui, en politique, parle plus que les discours.
Une main qui en dit plus qu’un discours
Les Camerounais, habitués aux apparitions protocolaires de leur président à son retour de voyage, s’attendaient à voir la silhouette de Paul Biya descendre de l’avion, suivi de sa cour des dignitaires du palais d’Etoudi. Ils n’ont eu droit qu’à une main, brandie derrière la vitre légèrement abaissée. Un détail, mais un détail lourd de sens.
En Cameroun, comme dans de nombreuses cultures politiques, la main incarne une symbolique précise. Elle peut tuer, tricher, bénir ou gouverner. Autant de degrés qui définissent le pouvoir et son exercice. Ces 74 jours d’absence du président ont révélé une réalité méconnue : même à distance, le pouvoir persiste tant que la main signe, commande et reste visible.
La main qui tue : un pouvoir en sursis
Dans l’arène romaine, la main de César décidait de la vie des gladiateurs. Un pouce levé, et l’esclave vivait. Un pouce baissé, et il perdait la vie. À Yaoundé, c’est l’inverse qui s’est produit. Ce n’est plus la main de l’Empereur qui jugeait les hommes, mais celle du président qui devait prouver à son peuple qu’il était encore en vie. La main de Biya, visible à travers la vitre, était la preuve tangible que le pouvoir n’avait pas disparu. Un message clair : le Cameroun est toujours dirigé, même à distance.
La main qui triche : l’illusion du contrôle
Diego Maradona l’a démontré : parfois, la main triche. Et le Cameroun en a fait l’expérience. Alors que la télévision nationale, la CRTV, diffusait en boucle des images du cortège présidentiel, tout le monde voyait bien qu’il n’y avait qu’une seule main. Pourtant, la machine médiatique a validé le « miracle ». Une triche médiatique, en somme, qui illustre la difficulté de distinguer réalité et illusion dans la gestion du pouvoir.
La main qui bénit : un pouvoir sacré
Dans les traditions religieuses, la main bénit, sacralise et légitime le pouvoir. Le prêtre impose les mains, le pape bénit Urbi et orbi, et le roi est oint pour régner. À Yaoundé, la liturgie s’est inversée : une main-relique, sortie de la vitre teintée, est apparue comme une châsse que l’on promène les jours de fête. Une bénédiction symbolique, destinée à maintenir la croyance des fidèles en la légitimité du pouvoir.
La main qui gouverne : l’essence même du pouvoir
Enfin, il y a la main qui gouverne. Celle qui signe les décrets, nomme les ministres et promulgue les lois. Pendant 74 jours, alors que le président était en Suisse, l’État camerounais a continué de fonctionner. Pourquoi ? Parce que la main signait. En latin, manus signifie à la fois la main et le pouvoir. Le Cameroun a vécu une démonstration concrète de cette définition : le pouvoir réside dans la signature, pas dans la présence physique.
Il n’y a plus de discours, plus de pas sur le tarmac, plus de poignée de main solennelle. Il n’y a plus que la main qui signe et la main qui salue. Une main qui, à travers la vitre de la limousine, rappelle que le pouvoir est une abstraction bien plus qu’une personne.
Marie Roger Biloa, journaliste camerounaise, résume la situation avec franchise : « Le Cameroun doit se préparer à l’absence définitive d’un président déjà absent de facto. » Une main visible, mais un pouvoir qui s’effrite. Un symbole qui en dit long sur l’état du pays.
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