28 août 2026

Afrique Horizon

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Dialogue national en rdc : l’ambitieuse initiative de félix tshisekedi pour refonder l’état

Félix Tshisekedi lance un dialogue national inédit pour la RDC

Le président Félix Tshisekedi s'exprime lors d'une conférence

Le président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, a annoncé le lancement d’un « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État », une initiative majeure présentée comme une réponse aux défis sécuritaires, politiques et sociaux qui minent le pays depuis plusieurs années.

Lors d’une adresse solennelle à la nation, le chef de l’État a détaillé les particularités d’un processus qu’il entend radicalement différent des dialogues nationaux antérieurs. Cette initiative s’inscrit dans une volonté affichée de rompre avec les approches traditionnelles et de placer les citoyens au cœur des solutions.

« Ce dialogue se distinguera par son ancrage territorial : il ne débutera pas à Kinshasa, mais au sein des 26 provinces, des territoires et des communautés », a souligné Félix Tshisekedi. L’objectif affiché est de bâtir une démarche « conçue par les Congolais et pour les Congolais », capable d’identifier les racines des crises récurrentes qui fragilisent la nation.

Un processus ancré dans les provinces pour une approche inclusive

Une rue animée de Goma, ville de l'est de la RDC

Selon les précisions apportées par Félix Tshisekedi, le dialogue s’ouvrira par une phase de consultations dans l’ensemble des provinces de la RDC. Des forums provinciaux réuniront élus nationaux et locaux, représentants des partis politiques — de la majorité comme de l’opposition — ainsi que des acteurs de la société civile, des chefs coutumiers, des leaders religieux, des économistes, des universitaires et des scientifiques.

Chaque province sera invitée à établir un diagnostic précis des enjeux locaux : insécurité, conflits fonciers, tensions communautaires, dysfonctionnements administratifs, inégalités socio-économiques, obstacles au développement et réformes structurelles nécessaires. Les conclusions de ces consultations locales alimenteront ensuite les assises nationales prévues à Kinshasa.

Deux ordonnances pour structurer le processus

Félix Tshisekedi a également annoncé la signature prochaine de deux ordonnances présidentielles visant à encadrer ce dialogue national.

La première créera un comité d’organisation chargé de préparer les aspects logistiques, administratifs et matériels du dialogue. Ce comité aura pour mission de réunir les conditions nécessaires à la tenue des assises et de veiller à leur bon déroulement.

La seconde ordonnance convoquera officiellement le dialogue et précisera les modalités de participation des différents acteurs. Elle détaillera les étapes du processus ainsi que les mécanismes de suivi et de mise en œuvre des recommandations qui en découleront.

Le président a précisé que l’ensemble des travaux devraient s’étaler sur une période maximale de trois mois. À l’issue des assises, un « pacte national » devrait être adopté, accompagné d’un mécanisme permanent de suivi des engagements pris par les parties prenantes.

Les lignes rouges fixées par le président

Félix Tshisekedi s'exprime lors d'un discours

Outre les modalités organisationnelles, Félix Tshisekedi a tenu à définir plusieurs principes qu’il considère comme non négociables. Le président a catégoriquement exclu l’idée d’un partage du pouvoir dans le cadre de ce dialogue.

« Nous avons trop souvent répondu aux crises par des arrangements politiques plutôt que par le renforcement de l’État », a-t-il déclaré. Il a également réaffirmé son attachement au maintien de l’ordre constitutionnel et à la légitimité des institutions issues des élections de 2023.

Autre ligne rouge : l’exclusion des groupes armés. « Nul ne sera exclu en raison de ses opinions, de ses critiques, de son appartenance politique, de son origine provinciale, de sa langue, de son ethnie ou de sa religion. Mais nul ne peut prétendre s’asseoir à la table de la nation tout en prenant les armes contre elle », a-t-il affirmé.

Cette position exclut notamment les mouvements armés actifs dans l’est du pays, alors que des négociations se poursuivent parallèlement à Doha entre Kinshasa et l’AFC/M23. Le président a toutefois précisé que le dialogue national ne se substituerait pas aux initiatives diplomatiques en cours sur la scène régionale et internationale.

Réactions contrastées au sein de l’opposition

Claudel Lubaya : un « rendez-vous manqué »

L’opposant Claudel Lubaya a vivement critiqué le discours présidentiel, estimant qu’il manquait de hauteur de vue et de solutions adaptées à l’ampleur des défis. Dans un message publié sur le réseau social X, il a jugé que le chef de l’État n’avait pas apporté les réponses attendues.

« Ce n’est pas la forme qui pose problème, mais le fond », a-t-il souligné. Pour lui, l’initiative risque davantage de servir les intérêts de la coalition au pouvoir que de créer un véritable espace de concertation nationale.

Christian Mwando : une initiative insuffisante

Christian Mwando Nsimba Kabulo, opposant politique

Le député Christian Mwando Nsimba, figure de l’opposition, a également exprimé ses réserves. Pour lui, le format proposé par Félix Tshisekedi ne semble pas à la hauteur des enjeux actuels.

« Ce que propose le président est une vaste opération médiatique qui ne mettra pas fin au conflit », a-t-il déclaré. Christian Mwando s’est notamment interrogé sur l’absence du terme « inclusif » dans le discours présidentiel, alors que cette notion avait été centrale dans les débats précédents.

Il a également questionné la coexistence entre ce nouveau cadre de concertation et le processus de Doha, dédié aux discussions avec l’AFC/M23. Pour lui, la cohérence entre ces différentes initiatives reste à clarifier.

Jean-Claude Katende : un discours salué sur certains points

À l’inverse, Jean-Claude Katende, président de l’Association africaine de défense des droits de l’homme (ASADHO), a apprécié plusieurs aspects du discours présidentiel. Il a notamment salué le refus clair d’un partage du pouvoir.

« Je soutiens le discours du président Félix Tshisekedi dans la mesure où il a exclu toute idée de partage du pouvoir », a-t-il affirmé. Il s’est également félicité de l’accent mis sur la participation citoyenne et sur les mécanismes de suivi des résolutions.

Toutefois, il a appelé à la vigilance : « Je suis satisfait de cette intervention, avec l’espoir que les promesses seront tenues et que ce ne sera pas de la simple rhétorique ».

Un test pour le pouvoir en place

Militants de l'UDPS soutenant Félix Tshisekedi

L’annonce de ce dialogue national intervient dans un contexte marqué par une crise sécuritaire persistante dans l’est de la RDC et par des tensions politiques internes récurrentes. Pour le pouvoir en place, l’enjeu est désormais de convaincre l’opposition, la société civile et l’ensemble des composantes du pays que ce processus peut produire des résultats tangibles.

Pour les forces politiques d’opposition, la question centrale reste de déterminer si ce dialogue constituera un véritable cadre de concertation nationale ou une initiative davantage contrôlée par le camp présidentiel.

Les prochaines ordonnances annoncées par Félix Tshisekedi devraient apporter des éclaircissements sur la composition du comité préparatoire et sur les modalités précises de participation aux assises nationales. Ces éléments seront déterminants pour évaluer la crédibilité et l’efficacité de cette initiative ambitieuse.