Alassane Ouattara, président de la Côte d’Ivoire, a réitéré avec force son ambition de faire de son pays un modèle d’émergence en Afrique en invitant toutes les composantes de la société à rejoindre sa vision de la « Grande Côte d’Ivoire ». Cette initiative, lancée dans un contexte politique charnière, marque une volonté délibérée de rassembler les énergies nationales autour d’un projet collectif ambitieux. Elle intervient après une décennie marquée par une croissance économique remarquable, que le chef de l’État souhaite désormais convertir en progrès concrets pour l’ensemble de la population.
Un projet fédérateur pour une nation unie
L’appel du président s’adresse sans distinction à tous les acteurs ivoiriens : institutions étatiques, formations politiques, entrepreneurs, organisations citoyennes, autorités traditionnelles et diaspora. L’objectif affiché est clair : transcender les clivages pour construire une nation plus forte et plus résiliente. Cette approche s’inscrit dans une logique où le succès du développement national repose sur une mobilisation collective plutôt que sur des initiatives isolées. Dans un paysage politique où les enjeux de stabilité et de cohésion sociale sont plus sensibles que jamais, cette démarche prend une dimension stratégique.
Pour le président Ouattara, cette ambition s’inscrit dans la continuité des grands choix stratégiques opérés depuis 2011. Industrialisation accélérée, modernisation des zones rurales et affirmation d’Abidjan comme hub économique régional forment le socle de cette vision. L’idée d’une « Grande Côte d’Ivoire » incarne cette double quête : renforcer les indicateurs macroéconomiques tout en garantissant une redistribution équitable des fruits de cette croissance. Une priorité absolue, dans un pays où la majorité des habitants a moins de 35 ans et où les attentes en matière d’emploi et de services publics sont immenses.
Infrastructures et souveraineté : les piliers de la transformation
Sur le terrain économique, la promesse d’une Côte d’Ivoire élargie se traduit par des chantiers concrets. Le port d’Abidjan, déjà un acteur clé de la sous-région, voit ses capacités s’étendre, tandis que celui de San-Pedro gagne en importance, notamment pour les filières minières et agricoles. Le réseau routier, en pleine expansion vers le nord, relie désormais la Côte d’Ivoire au Burkina Faso et au Mali, renforçant ainsi les axes logistiques ouest-africains. Parallèlement, le secteur énergétique, fragilisé par la crise de 2024, bénéficie d’investissements massifs pour sécuriser l’approvisionnement et diversifier les sources de production.
La dimension politique de ce projet ne saurait être sous-estimée. En sollicitant l’ensemble des forces vives, le président Ouattara cherche à élargir le socle de soutien à son action au-delà des seuls partisans du RHDP. Cette ouverture reflète une analyse pragmatique : les grands travaux d’infrastructure et les réformes structurelles nécessitent un consensus large pour éviter d’être remis en cause lors des alternances politiques. En invoquant l’intérêt national plutôt que celui d’un parti, le chef de l’État mise sur la pérennité de ses réformes.
Une vision inspirée par l’histoire et tournée vers l’avenir
Le choix du terme « Grande Côte d’Ivoire » n’est pas anodin. Il puise dans l’héritage politique du président Houphouët-Boigny, dont la rhétorique mobilisatrice a marqué l’histoire du pays. En s’appropriant ce vocabulaire, Alassane Ouattara cherche à ancrer son action dans une continuité historique tout en désamorçant les critiques sur une éventuelle concentration excessive du pouvoir. Cependant, la véritable épreuve résidera dans la capacité des institutions à transformer cet appel en réalisations tangibles.
Les défis sont nombreux. La gouvernance doit gagner en transparence, le climat des affaires en attractivité, et les inégalités territoriales en visibilité. Les régions du nord et du centre, moins dotées en infrastructures, requièrent une attention particulière. Par ailleurs, l’intégration des jeunes, dont le poids démographique est écrasant, constitue un impératif catégorique. Pour que cette vision prenne corps, il faudra mettre en place des mécanismes concrets permettant à tous les acteurs de contribuer activement aux décisions. L’appel lancé par le président ne prendra tout son sens que s’il se traduit par des actions mesurables et inclusives.
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