8 juillet 2026

Afrique Horizon

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Togo : la création de 8 000 entreprises cache-t-elle une fraude massive ?

Lomé est en effervescence. Les annonces officielles et les médias économiques s’emballent autour d’un chiffre impressionnant : plus de 8 000 nouvelles entreprises enregistrées en seulement six mois. Après deux années de stagnation apparente, les autorités mettent en avant une révolution administrative portée par la digitalisation des démarches et la simplification des procédures au Centre de formalités des entreprises (CFE). Pourtant, derrière ce tableau flatteur se dessine une réalité bien moins reluisante.

Des entreprises sans âme ni substance

Créer une entreprise en ligne en quelques clics pour quelques milliers de francs CFA relève davantage de la procédure automatisée que de l’exploit économique. Lorsque ces structures se multiplient à un rythme effréné, sans employés, sans locaux et avec des statuts flous, elles ne contribuent en rien à la croissance réelle du pays. Elles ne sont que des coquilles vides, des enveloppes juridiques destinées à servir d’écran.

Le Togo face à l’ombre des sociétés écrans

Dans un contexte où la transparence reste un concept flou, cette inflation démesurée de SARL répond à une logique bien précise : celle de dissimuler des flux financiers douteux. Ces entités, souvent gérées par des prête-noms ou des cercles proches du pouvoir, servent de façades légales pour des acteurs politiques ou des hommes d’affaires influents. Leur objectif ? Fragmenter et camoufler des opérations financières illicites, tout en échappant aux regards indiscrets.

Un timing suspect lié à un financement international

Cette manne soudaine de nouvelles immatriculations prend tout son sens lorsqu’on l’analyse à l’aune d’un événement majeur : l’approbation par le Groupe de la Banque mondiale d’un prêt de 200 millions de dollars pour le Programme d’amélioration des services logistiques et de transport dans le Grand Lomé. Pour détourner une telle somme sans éveiller les soupçons des contrôleurs internationaux, une seule solution s’impose : atomiser les flux.

Comment les sociétés écrans transforment l’aide internationale en fonds détournés

  • Découpage des marchés : Les grands chantiers financés par la Banque mondiale sont morcelés en centaines de micro-contrats (études bidon, livraisons fictives, prestations de conseil).
  • Opacité juridique : Ces sous-contrats sont attribués à des dizaines de sociétés écrans, souvent gérées par des intermédiaires ou des cabinets d’avocats complices. Les bénéficiaires réels, eux, restent invisibles.
  • Dispersion des fonds : En répartissant les 100 000 dollars sur 500 comptes bancaires différents, liés à des entreprises officiellement enregistrées, les 200 millions de dollars peuvent s’évaporer sans déclencher la moindre alerte.

Un leurre économique aux conséquences lourdes

Célébrer la création de 8 000 entreprises comme un symbole de prospérité relève de la supercherie. Si l’État ne prend pas la peine de vérifier la viabilité économique de ces structures, il se contente de valider une illusion. Le Togo ne construit pas une économie saine : il perfectionne un mécanisme de blanchiment et de détournement.

Pendant que les discours officiels louent le dynamisme du climat des affaires à Lomé, les millions de dollars de la Banque mondiale risquent de s’évaporer dans ce réseau opaque. Les infrastructures promises attendront ; les factures fictives, elles, continueront de pleuvoir.