24 juin 2026

Afrique Horizon

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Sahel : quatre ans après la rupture avec la France, quel bilan pour la souveraineté promise ?

Un rêve de souveraineté qui s’effrite face à la réalité

En 2020, les rues de Bamako, Ouagadougou et Niamey scandaient leur rejet des forces françaises et de l’influence occidentale. Quatre ans plus tard, le départ des contingents de l’opération Barkhane et la rupture des alliances traditionnelles devaient marquer l’avènement d’une nouvelle ère : celle d’une indépendance enfin reconquise. Pourtant, loin des discours triomphants, le Sahel fait face à une situation bien plus sombre. La dépendance aux puissances étrangères n’a pas disparu, elle s’est simplement transformée, laissant derrière elle un bilan désastreux.

L’illusion sécuritaire : quand les mercenaires russes aggravent la crise

Le rejet de la présence française s’appuyait sur l’échec perçu à endiguer la menace terroriste. Mais le remède adopté s’est révélé pire que le mal. Le remplacement des troupes occidentales par des groupes paramilitaires russes, comme l’Africa Corps, n’a fait qu’alimenter une spirale de violences.

Les groupes armés comme le JNIM et l’EIGS gagnent du terrain, assiégeant des villes clés et coupant les routes vitales. Pire encore, les populations civiles paient un lourd tribut. Les exactions se multiplient lors des opérations conjointes, tandis que le nombre de déplacés internes atteint des niveaux records. Les Saheliens ne sont plus protégés, mais écrasés entre deux feux : celui des djihadistes et celui des nouveaux « alliés » militaires.

Diplomatie en ruine : l’AES s’isole, les promesses s’effacent

Pour détourner l’attention des échecs internes, les régimes militaires de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont choisi la voie de la rupture systématique. Le retrait de la CEDEAO a coupé les ponts avec les partenaires économiques régionaux, tandis que le départ de la Cour pénale internationale et les entraves aux agences de l’ONU ont plongé la zone dans une opacité diplomatique sans précédent.

Cette stratégie sert avant tout à protéger les dirigeants des regards extérieurs, notamment sur les droits de l’homme et les transitions démocratiques promises. Les élections censées rendre le pouvoir aux civils sont reportées indéfiniment, transformant des transitions temporaires en régimes militaires installés pour le long terme.

Économie en crise : la souveraineté monétaire au prix fort

Le discours sur l’autonomie financière et la souveraineté économique se heurte à une réalité implacable. L’isolement régional a fait flamber les prix des denrées de base et asphyxié les entreprises locales. Les sanctions indirectes, la chute des investissements étrangers et les coupures d’électricité chroniques paralysent les économies de Bamako et Ouagadougou.

Les budgets nationaux sont engloutis par la guerre et le paiement des mercenaires russes, souvent compensé par l’octroi de concessions minières. Pendant ce temps, les services publics s’effondrent. Les écoles ferment par milliers, les hôpitaux manquent de tout, et les investissements dans le développement humain sont sacrifiés sur l’autel de la militarisation.

Un changement de maître, pas une libération

Quatre ans après la rupture avec la France, le constat est sans appel : le Sahel n’est ni plus sûr, ni plus prospère, ni plus indépendant. En chassant un partenaire occidental imparfait mais stable, les dirigeants de l’AES ont offert leurs pays à une puissance russe opportuniste, dont les intérêts se limitent à une stratégie géopolitique.

La « seconde indépendance » tant vantée s’est muée en une tragédie économique et sécuritaire. La souveraineté brandie par les dirigeants n’est qu’un leurre, un paravent pour cacher l’asphyxie des populations et l’enlisement des nations du Sahel dans une crise sans issue.