28 avril 2026

Réformer le financement de la santé pour renforcer la couverture sanitaire au Niger

Comment le Niger transforme son système de santé grâce à une meilleure coordination des financements

Le Niger, pays d’Afrique de l’Ouest enclavé, fait face à des défis majeurs en matière de santé publique : des conflits armés récurrents et des sécheresses prolongées ont fragilisé son système sanitaire. Résultat, le pays enregistre l’un des taux de mortalité maternelle et infantile les plus élevés au monde. Pour inverser cette tendance, les autorités nigériennes ont fait le choix stratégique d’adopter la couverture sanitaire universelle (CSU), en s’appuyant sur les leçons des expériences passées en matière d’accès aux soins essentiels.

Une politique de gratuité des soins ambitieuse, mais freinée par des lacunes financières

En 2006, face à l’urgence, le Gouvernement du Niger a lancé une politique de gratuité des soins ciblant spécifiquement les femmes et les enfants de moins de cinq ans. Cette initiative visait à offrir gratuitement des services de santé reproductive, de planification familiale et des soins pédiatriques. Malgré des premiers résultats encourageants, le projet a rapidement montré ses limites. En effet, seulement la moitié des fonds nécessaires avaient été mobilisés jusqu’en 2011, entraînant un cumul de dettes impayées et une incapacité des structures à assurer des services continus. Par ailleurs, cette politique a laissé de côté une grande partie de la population, contraignant les autres patients à supporter des frais exorbitants. Selon l’OMS, les dépenses directes représentent plus de 40 % des dépenses totales de santé au Niger.

Entre 2007 et 2011, les dépenses publiques consacrées à la santé sont passées de 5,4 % à 4,9 % du PIB. Une légère amélioration a été observée entre 2016 et 2018 (de 4,9 % à 5,6 %), avant de stagner autour de 5,7 % entre 2018 et 2020.

Fonds commun santé : une initiative pionnière pour harmoniser les financements

Dès 2006, le Ministère de la santé, l’Agence française de développement (AFD) et la Banque mondiale ont créé le Fonds commun santé (FCS) pour financer le plan de développement sanitaire du pays. En 2020

, le FCS s’est élargi avec l’arrivée de nouveaux partenaires : l’UNICEF, l’UNFPA, Gavi et l’Agence espagnole de la coopération internationale pour le développement (AECID). Cependant, les difficultés de financement persistantes, liées à des évaluations incomplètes et à des ressources insuffisantes, ont révélé la nécessité de réformes structurelles pour garantir la pérennité de la CSU et des objectifs de l’ODD 3.

Réseau P4H et Plan d’action mondial pour l’ODD 3 : vers une collaboration renforcée

Face à la fragmentation des financements externes, le Niger a décidé de renforcer la coordination entre ses partenaires techniques et financiers. Depuis 2018, le pays collabore avec le réseau Providing for Health (P4H), un réseau mondial dédié au financement de la santé et de la protection sociale. En 2021, les membres de P4H et les signataires du Plan d’action mondial pour la réalisation de l’ODD 3 ont mutualisé leurs efforts pour recruter un point focal national. Ce dernier, soutenu par le Gouvernement, a pour mission de faciliter la coordination des financements et de promouvoir une approche pragmatique.

Le processus de recrutement, validé par Gavi en collaboration avec les partenaires, a permis de désigner en janvier 2022 un point focal national pour l’accélérateur de financement P4H et le Plan d’action mondial. Ce poste, initialement financé par l’OMS et l’AFD, a été transféré à la Banque mondiale, avec le soutien du Mécanisme de financement mondial. L’objectif ? Créer une interface essentielle entre le Ministère de la santé et les bailleurs, afin de mieux aligner les soutiens financiers sur les priorités nationales.

Cette initiative vise à réduire la dépendance du Ministère aux structures individuelles des partenaires, en favorisant une approche collective et harmonisée.

Les priorités de réforme du système de financement de la santé au Niger

Avant 2020, la fragmentation des ressources entraînait des déséquilibres dans le financement des initiatives sanitaires. Grâce à la collaboration entre P4H et le Plan d’action mondial, les partenaires ont désormais adopté une approche plus alignée. Les principales priorités définies incluent :

  • Alignement du soutien budgétaire sur des indicateurs stratégiques et harmonisés des dépenses de santé.
  • Réforme du FCS pour en faire un outil de financement plus flexible et moins administratif.
  • Mise en œuvre d’achats stratégiques, avec l’appui de l’Institut national d’assistance médicale (INAM).
  • Amélioration de la prévisibilité des contributions des partenaires et de la planification annuelle des activités.

Pour atteindre ces objectifs, plusieurs actions concrètes ont été engagées :

Harmonisation du financement

  • Recensement des donateurs, des flux et des canaux de financement de la santé, avec analyse critique de leur harmonisation (soutenu par le Mécanisme de financement mondial).
  • Définition de l’avenir du FCS (soutenu par l’OMS/P4H).
  • Identification des canaux de financement pour l’argumentaire d’investissement (soutenu par le Mécanisme de financement).

Harmonisation du soutien technique

  • Analyse critique de l’assistance technique dédiée au financement de la santé.

Optimisation des outils de financement

  • Étude des stratégies de gratuité des soins et d’assurance-maladie universelle (soutenu par l’OMS/P4H, l’AFD et le FCS).
  • Développement d’un outil de simulation des coûts de production et de financement des soins en périphérie (soutenu par l’AFD, le FCS et le Mécanisme de financement mondial).
  • Recensement des innovations peu coûteuses pour améliorer la chaîne de soins (soutenu par l’AFD, le FCS et le Fonds mondial).

Mobilisation des ressources nationales

  • Collaboration avec le FMI pour intégrer les dépenses de santé dans les programmes nationaux (vaccination, nutrition).
  • Plaidoyer pour une allocation accrue des ressources vers les soins primaires et la vaccination lors des réunions internationales.

Des résultats prometteurs pour une santé plus accessible

Bien que cette stratégie soit encore en cours de déploiement, elle ouvre la voie à une amélioration significative des services de santé. Par exemple, le Mécanisme de financement mondial identifie et suit les ressources allouées par chaque partenaire, évitant ainsi les doubles emplois. Cette approche permet une intervention plus ciblée et efficace, notamment pour les populations les plus vulnérables. Elle pourrait aussi permettre à des acteurs comme Gavi ou le Fonds mondial d’investir de manière plus stratégique dans la lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme, ainsi que dans les campagnes de vaccination.

La réforme du financement contribuerait également à une meilleure opérationnalisation de l’INAM, réduisant ainsi les dépenses directes des ménages pauvres.

Défis et perspectives pour pérenniser les avancées

Malgré l’enthousiasme suscité par cette initiative, des obstacles persistent. Les points focaux des différents organismes sont souvent surchargés, ce qui menace la durabilité du projet. Il est donc crucial de leur allouer le temps nécessaire pour remplir leurs missions.

Un autre enjeu majeur concerne le financement à long terme du poste de point focal. Le Mécanisme de financement mondial a prolongé son soutien de six mois, tandis que Gavi mène des discussions pour mobiliser d’autres partenaires. Les enseignements tirés de cette expérience seront partagés avec d’autres pays, afin de promouvoir une approche coordonnée et durable en matière de financement de la santé.

Le Plan d’action mondial pour l’ODD 3 : un levier pour la collaboration internationale

Le Plan d’action mondial pour permettre à tous de vivre en bonne santé et promouvoir le bien-être de tous est un engagement collectif de 13 organismes clés dans les domaines de la santé, du développement et de l’action humanitaire. Son objectif ? Accélérer la réalisation des cibles de l’ODD 3 en renforçant la collaboration entre les acteurs. Actualisé en octobre 2021, ce plan intègre une stratégie de reprise post-COVID-19 pour un relèvement équitable et durable.

Les études de cas, comme celle du Niger, permettent de suivre la mise en œuvre de ce plan au niveau national et d’en tirer des enseignements pour d’autres contextes.