29 avril 2026

Quel est l’impact de la présence russe sur la sécurité au Mali et au Sahel ?

Quelques jours après les assauts d’envergure contre les bases des Forces armées maliennes, le chef de la junte, Assimi Goita, a affirmé mardi que la situation demeurait « sous contrôle ». Selon lui, l’appui aérien des forces de sécurité russes a permis d’empêcher les rebelles de s’emparer de points stratégiques, notamment le palais présidentiel à Bamako.

Malgré ces déclarations, l’instabilité persiste dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. Le gouvernement peine à reprendre le terrain face aux combattants touaregs et aux groupes liés à al-Qaïda, qui menacent désormais d’imposer un siège total à la capitale malienne.

L’offensive coordonnée de samedi dernier, touchant plusieurs localités dont Bamako, a provoqué une onde de choc régionale. Ces affrontements ont coûté la vie au ministre de la Défense, Sadio Camara, tandis que plusieurs agglomérations, dont Kidal dans le nord, sont tombées aux mains des insurgés. De son côté, l’armée malienne a déclaré avoir éliminé plus de 200 assaillants.

L’efficacité de l’alliance militaire entre Bamako et Moscou est aujourd’hui ouvertement questionnée. Des rapports indiquent que les troupes russes se sont retirées de Kidal, alors que les mercenaires du groupe Africa Corps, géré par l’État russe, combattaient aux côtés des soldats maliens dans cette zone.

L’Africa Corps a confirmé lundi ce retrait de Kidal, tout en précisant qu’il s’agissait d’une mesure prise en concertation avec les autorités maliennes. Néanmoins, ce mouvement s’ajoute aux interrogations des analystes et des citoyens sur la solidité du soutien défensif russe dans les pays du Sahel, comme le Burkina Faso et le Niger, également confrontés à une recrudescence de la violence.

L’Africa Corps, unité du ministère russe de la Défense ayant succédé au groupe Wagner, s’est déployée au Mali après le départ des forces françaises en 2022, exigé par Assimi Goita. En réaction aux critiques de la CEDEAO suite aux coups d’État, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont fondé l’Alliance des États du Sahel (AES) en 2023.

Le rôle des combattants russes lors des récentes attaques

Les opérations de samedi ont été menées conjointement par le Front de libération de l’Azawad (FLA), d’obédience touarège, et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à al-Qaïda. Les cibles incluaient des bases militaires majeures à Kidal, Gao, Sévaré et Kati.

Le Mali est en proie à la violence armée depuis 2012. Environ 2 000 agents russes sont présents sur le territoire depuis 2021, comblant le vide laissé par le retrait des troupes françaises et des Nations Unies. Initialement déployés sous l’étiquette Wagner, ils ont été intégrés à l’Africa Corps après le décès de Evgueni Prigojine en 2023.

Certains experts notent un changement de doctrine : là où Wagner se montrait offensif et preneur de risques, l’Africa Corps adopterait une posture plus défensive. Par ailleurs, les forces russes, l’armée malienne et les groupes rebelles font tous l’objet d’accusations de crimes de guerre contre les populations civiles.

Lors des événements de samedi, des combattants russes ont été vus quittant Kidal à bord de camions, après des négociations qui auraient été facilitées par l’Algérie. Plusieurs soldats maliens ont été capturés durant ces affrontements, bien que l’état-major n’ait pas communiqué de bilan précis sur les prisonniers.

La position officielle du gouvernement russe

Via Telegram, l’Africa Corps a réitéré que son départ de Kidal était une manœuvre coordonnée avec Bamako. Le communiqué précise que l’évacuation a concerné en priorité les blessés et le matériel lourd, tout en soulignant que la situation au Mali demeure complexe.

Le ministère russe de la Défense a également affirmé avoir fourni un appui aérien crucial pour protéger les institutions à Bamako. Il a estimé à 12 000 le nombre d’assaillants, avançant sans preuve qu’ils auraient été formés par des mercenaires européens et ukrainiens. Le silence de l’armée malienne sur le caractère « conjoint » du retrait russe alimente toutefois les doutes.

Conséquences pour l’influence de la Russie au Sahel

Depuis 2021, la Russie tente de se présenter comme une alternative libératrice face à l’ancien colonisateur français. Cette stratégie d’influence s’étend également à la République centrafricaine, à la Libye et au Soudan. Au Niger et au Burkina Faso, la présence russe est plus limitée, avec respectivement environ 100 et 300 soldats occupant principalement des rôles de supervision.

Si Wagner avait obtenu des succès symboliques en 2023, la perte de Kidal et la mort du ministre Camara représentent un revers majeur pour la campagne sahélienne de Moscou. Assimi Goita, apparu dans une vidéo mardi, a promis un renforcement des mesures de sécurité sans mentionner explicitement ses partenaires russes.

Pour certains observateurs, la crédibilité de l’Africa Corps est sérieusement entachée par son absence de résistance lors de la chute de Kidal. Le retrait vers Gao des troupes maliennes restantes souligne la fragilité de la situation alors que le JNIM accentue sa pression sur Bamako.