Crise au Mali : quelles perspectives pour la junte militaire après l’offensive rebelle ?
L’attaque coordonnée menée par une alliance de groupes armés au Mali a provoqué une onde de choc dans toute l’Afrique de l’Ouest. Des assaillants ont pénétré dans la capitale, Bamako, tué le ministre de la Défense et pris le contrôle de zones stratégiques au nord du pays. Une situation inédite qui interroge sur la capacité de la junte dirigée par le colonel Assimi Goïta à maintenir son pouvoir.
Les faits marquants de l’offensive rebelle
Dès samedi, des résidents de plusieurs villes du Mali ont été réveillés par des tirs et des explosions. Ces attaques ont été revendiquées par une coalition regroupant le Front de libération de l’Azawad (FLA), un mouvement séparatiste, et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), lié à al-Qaïda. La chute de la ville de Kidal, évacuée par les forces maliennes et russes, a encore accentué la pression sur le gouvernement de transition.
Face à cette crise sans précédent, le colonel Assimi Goïta a tardé à s’exprimer publiquement, alimentant les spéculations sur la solidité de sa position. Trois jours après les événements, il a finalement pris la parole à la télévision, affirmant que la situation était sous contrôle et promettant de « neutraliser » les responsables des attaques.
Parmi les victimes collatérales de cette offensive figure le ministre de la Défense, Sadio Camara, dont la disparition pourrait fragiliser la coordination militaire et les relations avec la Russie, son principal allié.
Trois scénarios possibles pour l’avenir de la junte
1. Le maintien du pouvoir et une réponse militaire renforcée
Les observateurs s’accordent à dire que c’est le scénario le plus probable à court terme. Bien que fragilisée, la junte conserve le contrôle de la plupart des grandes villes et institutions étatiques. Cependant, la réussite d’une contre-offensive contre le JNIM et le FLA sera déterminante pour la pérennité du régime. Beverly Ochieng, analyste chez Control Risks, souligne que « les prochains jours seront décisifs pour la survie de la junte ».
Le colonel Goïta a tenté de rassurer la population en annonçant une riposte, tout en affichant sa proximité avec l’ambassadeur russe Igor Gromyko. Une visite à l’hôpital de Bamako, où sont soignés les blessés, a également été organisée pour montrer l’engagement du pouvoir en place.
Néanmoins, la mort de Sadio Camara, principal interlocuteur de Moscou et architecte du déploiement des mercenaires russes au Sahel, pourrait compliquer la collaboration avec la Russie. Ulf Laessing, de la Fondation Konrad Adenauer, estime que cette perte affaiblit considérablement la junte : « Camara était une figure clé du régime et son absence risque de perturber la stratégie sécuritaire malienne. »
2. Un gouvernement maintenu avec le soutien russe mais cherchant de nouveaux alliés
L’échec des forces russes à protéger les villes clés et la perte de Kidal ont sérieusement entamé la crédibilité de Moscou en tant que partenaire sécuritaire. Ochieng souligne que « la réputation de la Russie a pris un coup dur ». Cette situation pourrait pousser le Mali à diversifier ses partenariats militaires.
Plusieurs pistes sont évoquées : un renforcement des liens avec la Turquie, qui a déjà fourni des drones décisifs lors de la reconquête de Kidal en 2024, ou une réouverture vers les États-Unis. Nick Hocker, responsable des affaires africaines au Département d’État américain, s’est rendu à Bamako en début d’année pour proposer une nouvelle dynamique de coopération. Une collaboration accrue avec les pays voisins, notamment le Burkina Faso et le Niger, est également envisagée.
L’Alliance des États du Sahel (AES), regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger, pourrait aussi jouer un rôle plus actif, bien que son engagement concret reste à démontrer. Pour la Russie, l’enjeu est de conserver son influence face à ces nouveaux rapprochements. Une défaillance pourrait inciter d’autres pays africains à revoir leur dépendance vis-à-vis de Moscou.
3. La chute de la junte sous la pression des attaques rebelles
Les attaques de samedi constituent la plus grave menace pour le gouvernement militaire depuis des années. Une intensification des violences pourrait exacerber le mécontentement populaire et fragiliser davantage la junte. Plusieurs scénarios pourraient alors se dessiner :
- Un nouveau coup d’État mené par une faction militaire rivale ;
- Une prise de pouvoir par l’alliance FLA-JNIM, bien que cette hypothèse soulève des questions sur la cohésion interne de ce groupe hétéroclite ;
- Une transition vers un régime civil, bien que cette option semble peu probable dans l’immédiat.
Le FLA, mouvement à dominante nationaliste, et le JNIM, groupe armé islamiste, entretiennent des relations complexes. Bien que le porte-parole du FLA ait évoqué une alliance de circonstances avec le JNIM, son leader, Sayed Bin Bella, a rapidement démenti toute fusion. « Nous levons nos propres drapeaux, pas ceux d’al-Qaïda. S’ils veulent fusionner avec nous, ils doivent quitter l’organisation », a-t-il déclaré. Ces divergences idéologiques pourraient compliquer toute gouvernance future.
Beverly Ochieng compare cette situation à celle de la Syrie, où une faction autrefois affiliée à al-Qaïda a pris le pouvoir avant de s’éloigner du djihadisme global. Si le JNIM évite pour l’instant un discours ouvertement radical, certains de ses alliés au sein de l’alliance pourraient critiquer cette modération, risquant de créer des tensions internes.
Enjeux et défis pour le Mali et ses partenaires
La crise actuelle au Mali dépasse le cadre national. Elle met en lumière les limites des alliances militaires actuelles et pourrait redessiner les équilibres géopolitiques en Afrique de l’Ouest. La junte, confrontée à une perte de légitimité et à une menace sécuritaire grandissante, devra faire des choix stratégiques cruciaux dans les semaines à venir.
Pour les observateurs, une chose est certaine : la situation reste extrêmement volatile, et l’issue dépendra en grande partie de la capacité des forces maliennes à reprendre l’initiative face aux rebelles, ainsi que des réactions de la communauté internationale.
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