14 août 2026

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Procès Norbert Zongo au Burkina Faso : un nouveau report judiciaire

Le procès de l’assassinat du journaliste Norbert Zongo et de trois autres personnes, survenu en 1998 au Burkina Faso, est une nouvelle fois retardé. Un pourvoi en cassation, introduit par l’avocat d’un des accusés, suspend l’avancée de la procédure, alors que la chambre de l’instruction venait pourtant de valider le renvoi des mis en cause devant une juridiction de jugement.

Un recours judiciaire qui bloque la marche vers la justice

Le 31 juillet 2026, l’avocat de Yaro Banagoulo, l’un des trois accusés dans cette affaire, a déposé un pourvoi en cassation contre l’arrêt rendu la veille par la chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Ouagadougou. Cette décision, confirmée le 30 juillet 2026, ordonnait le renvoi des trois individus devant un tribunal pour jugement. Parmi eux figurent Wanga Christophe Combasséré, poursuivi pour assassinat et destruction de biens aggravée, Banagoulo Yaro, visé pour complicité, et Paul François Compaoré, incriminé pour incitation à l’assassinat.

Ce recours juridique ouvre une phase supplémentaire dans ce dossier historique, repoussant d’autant plus l’échéance d’un procès dont l’attente dure depuis près de trois décennies. Le procureur général a réaffirmé l’engagement de la justice burkinabè à traiter l’affaire « avec diligence », tout en respectant les règles procédurales en vigueur.

Un symbole de la lutte contre l’impunité au Burkina Faso

L’assassinat de Norbert Zongo, directeur de l’hebdomadaire L’Indépendant, et de ses compagnons – son frère Ernest, son chauffeur Abdoulaye Nikiéma (surnommé Ablassé) et son collaborateur Blaise Ilboudo – a eu lieu sur la route de Sapouy, à une centaine de kilomètres au sud de Ouagadougou. À l’époque, le journaliste enquêtait sur la mort de David Ouédraogo, chauffeur de François Compaoré, frère du président en exercice, Blaise Compaoré.

Pour les défenseurs des droits humains et les acteurs de la presse, ce dossier dépasse le cadre judiciaire classique. Il incarne la lutte contre l’impunité au Burkina Faso et représente un combat de longue haleine pour la liberté d’expression dans le pays. Les lenteurs de la justice ont, pendant des années, alimenté l’indignation, notamment après un non-lieu confirmé en 2006, malgré les protestations de la famille Zongo et de la société civile.

Une relance tardive mais nécessaire

La procédure n’a repris un tournant décisif qu’en 2014, lorsque la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples a condamné le Burkina Faso pour les carences de son système judiciaire. La juridiction panafricaine avait alors ordonné la reprise des investigations en 2015, après avoir pointé les dysfonctionnements et les retards accumulés. Malgré cela, plus de vingt-sept ans après les faits, l’affaire reste un dossier emblématique, symbole des défis persistants en matière de justice et de transparence au Burkina Faso.

Un héritage qui dépasse le temps

L’affaire Norbert Zongo est bien plus qu’un procès : elle cristallise les attentes d’une nation en matière de responsabilité institutionnelle et de respect des droits fondamentaux. Chaque étape franchie, même minime, est saluée comme une victoire par ceux qui, depuis près de trois décennies, réclament vérité et justice. La société burkinabè, attachée à la mémoire de ce journaliste engagé, continue de veiller au grain, espérant que l’histoire lui donnera enfin raison.