7 août 2026

Afrique Horizon

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Niger : une vente controversée de 300 tonnes d’uranium à la roumanie interroge

Une opération financière et géopolitique aux relents troubles secoue le Niger. La SOPAMIN, Société du Patrimoine des Mines du Niger, aurait cédé discrètement 300 tonnes de yellowcake — un concentré d’uranium — à l’entreprise publique roumaine SN Nuclearelectrica. Une transaction réalisée en dehors des circuits traditionnels, sans appel d’offres ni traçabilité bancaire, soulève des questions sur la gestion des ressources stratégiques du pays.

Une vente hors des radars des finances publiques

Contrairement aux pratiques habituelles, le règlement de cette vente s’est effectué intégralement en espèces, échappant ainsi aux radars des autorités financières nigériennes. Les procédures standard, qui imposent des virements traçables, garantissent une comptabilisation transparente des recettes minières. Or, dans ce cas précis, l’absence de trace écrite et de contrôle a de quoi inquiéter : où sont passés ces fonds, et comment ont-ils été affectés à l’économie nationale ?

Les analystes s’interrogent sur les motivations d’un tel choix. En évitant les canaux bancaires internationaux, cette opération contourne les mécanismes de transparence et de redevabilité qui devraient accompagner l’exploitation des ressources naturelles. Une anomalie qui met en lumière les risques de détournement et de sous-évaluation des actifs stratégiques.

Un prix bien en dessous des cours du marché

L’uranium, matière première essentielle pour l’industrie nucléaire, a vu ses cours s’envoler ces derniers mois, portés par la relance du nucléaire civil. Pourtant, ce stock de 300 tonnes aurait été cédé à un tarif déprécié, sans justification apparente. L’absence d’appel d’offres public a privé l’État nigérien des recettes maximales qu’une concurrence transparente aurait pu générer.

Les conséquences sont multiples : une entrée de liquidités réduite dans les caisses publiques, une perte sèche pour l’économie nationale, et une absence totale de redistribution via les mécanismes de fiscalité ou d’investissement dans les infrastructures. Pire encore, l’utilisation massive d’espèces favorise les risques de disparition des fonds, au profit d’intermédiaires non identifiables.

L’influence russe et ses exigences opaques

Le parcours de ces 300 tonnes d’uranium s’inscrit dans un jeu d’influence où Moscou a joué un rôle central. Initialement destinées à l’Iran, avant d’être bloquées sous pression diplomatique, ces ressources ont ensuite été promises à des entités russes. Un cargo russe, le Matros Shevchenko, avait même accosté à Lomé pour charger la marchandise, avant de repartir à vide faute de finalisation logistique.

Pour débloquer la situation, la vente à la Roumanie a nécessité l’aval des interlocuteurs russes. En échange de leur accord, ces derniers auraient exigé une commission sur le montant de la transaction, amputant encore davantage les recettes théoriquement destinées à l’État nigérien. Une pratique qui interroge sur l’autonomie décisionnelle du pays dans la gestion de ses ressources.

Des questions juridiques et réglementaires en Europe

L’achat par SN Nuclearelectrica soulève des défis juridiques pour la Roumanie, membre de l’Union européenne. Les approvisionnements en uranium y sont encadrés par des mécanismes stricts de contrôle, pilotés notamment par l’Agence pour l’Énergie Nucléaire et l’Agence d’approvisionnement d’Euratom. Ces instances veillent à la transparence des transactions et à la traçabilité des flux financiers.

Or, une opération réglée en espèces, issue d’un circuit non conventionnel, pourrait-elle obtenir leur feu vert ? Si cette vente enfreint les directives européennes sur la transparence et la lutte contre le blanchiment, l’acheteur roumain s’exposerait à des sanctions lourdes. Une incertitude qui plane sur la légalité de cette transaction.

La SOPAMIN et la souveraineté minière nigérienne

Il est essentiel de dissocier ce stock des litiges internationaux impliquant d’autres acteurs, comme le groupe français Orano. Ce dernier a reconnu que ces 300 tonnes relevaient bien de la quote-part attribuée à la SOPAMIN, confirmant ainsi la légitimité de sa propriété sur ces ressources.

Cependant, c’est la gestion financière de cet actif qui est pointée du doigt. Alors que les autorités nigériennes mettent en avant la reconquête de la souveraineté économique, cette transaction en marge des cadres nationaux et internationaux crée un paradoxe troublant. La véritable souveraineté passe par la reddition de comptes et la protection des actifs contre les bradages ou les prélèvements occultes.

Les citoyens et les observateurs attendent des clarifications urgentes. Où sont passés les fonds issus de cette vente ? Comment ont-ils été réinvestis dans l’économie nationale ? Sans réponses, cette affaire risque de devenir un symbole des dérives dans la gestion des ressources stratégiques.