13 juillet 2026

Afrique Horizon

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Maroc 2060 : une démographie en pleine mutation face au vieillissement et à l’urbanisation

Le Maroc de 2060 : une population en croissance modérée mais profondément transformée

Les dernières projections démographiques du Haut-commissariat au plan dessinent un Maroc en 2060 marqué par une croissance démographique ralentie et une structure par âge radicalement différente. Selon le scénario médian, la population du royaume passerait de 36,8 millions d’habitants en 2024 à 43,3 millions en 2060, soit une hausse de 17,8 % sur 36 ans. Cette progression, équivalente à un ajout moyen de 182 000 habitants par an, s’inscrit dans un contexte de transition démographique accélérée.

Le taux d’accroissement annuel, estimé à 0,7 % en 2024, devrait progressivement s’annuler pour tendre vers zéro d’ici 2060. Le Maroc basculerait ainsi dans une phase de stagnation démographique, après des décennies de croissance soutenue, signe d’une maturité démographique inédite.

Illustration des pyramides des âges du Maroc en 2024 et 2060

L’urbanisation accélérée : un Maroc où trois quarts de la population vivront en ville

La population urbaine devrait connaître une expansion sans précédent, atteignant 32,5 millions de personnes en 2060, soit près de 75 % de la population totale. À l’inverse, la population rurale reculerait à 10,8 millions d’habitants, signe d’un exode rural persistant. Cette évolution accentuerait les défis liés à l’urbanisation, notamment en matière de logement, d’infrastructures et de services sociaux.

Les autorités appellent à des politiques publiques adaptées pour limiter les déséquilibres territoriaux et renforcer le développement rural. L’objectif : améliorer les conditions de vie, retenir les jeunes et valoriser les ressources locales afin de préserver l’équilibre social et territorial du pays.

Moins de naissances, moins d’élèves : l’impact de la baisse de la fécondité

La diminution de la fécondité entraînerait une contraction marquée des jeunes générations. Les effectifs de la population préscolaire (4-5 ans) reculeraient de 23,8 %, passant de 1,25 million en 2024 à 0,96 million en 2060. De même, les enfants en âge d’être scolarisés au primaire (6-11 ans) diminueraient de 27 %, de 4,16 millions à 3,04 millions.

Le premier cycle du fondamental (12-14 ans) perdrait 22,9 % de ses effectifs, tandis que les 15-17 ans reculeraient de 11,4 %. Cette baisse des effectifs scolarisables pourrait permettre de réorienter les moyens vers l’amélioration de la qualité éducative, réduisant la pression sur la construction de nouvelles classes au profit d’un meilleur encadrement pédagogique.

Graphique montrant l'évolution des effectifs scolaires au Maroc

Une population active en croissance, mais inégalement répartie

La population en âge d’activité (15-59 ans) continuerait de croître, passant de 22,08 millions en 2024 à 24,96 millions en 2060, soit une hausse de 13,1 %. Cette progression, équivalente à un ajout annuel moyen de 80 190 personnes, masquerait de fortes disparités entre milieux urbain et rural.

En ville, portée par l’exode rural, cette tranche d’âge passerait de 14,2 à 19,1 millions, en hausse de 34,4 %. À l’inverse, en milieu rural, elle chuterait de 7,9 à 5,9 millions, soit un recul de 25,4 %. Cette dynamique exercerait une pression accrue sur le marché du travail, notamment dans les zones urbaines appelées à absorber une main-d’œuvre venue des campagnes.

Les jeunes de 18 à 24 ans, principaux nouveaux entrants sur le marché du travail, verraient leurs effectifs reculer légèrement de 3,1 % au niveau national, avec une trajectoire irrégulière influencée par les mouvements migratoires. En ville, cette tranche d’âge progresserait de 11,3 %, tandis qu’elle chuterait de 28,3 % en milieu rural.

Carte de la répartition de la population active au Maroc

Le vieillissement démographique : un quart des Marocains aura 60 ans ou plus

Les personnes âgées de 60 ans et plus passeraient de 5 millions en 2024 à 10,9 millions en 2060, avec un rythme de croissance annuel moyen de 2,2 %. Elles représenteraient alors 25,2 % de la population totale, contre 13,6 % en 2024, soit un triplement de leur poids démographique en un peu plus de cinquante ans.

Cette progression serait particulièrement marquée en milieu urbain, où leurs effectifs seraient multipliés par 2,5, passant de 3,18 à 8,06 millions. En milieu rural, cette hausse serait plus modérée, avec une multiplication par 1,6, de 1,81 à 2,83 millions.

Les personnes âgées de 70 ans et plus connaîtraient une évolution encore plus marquée, avec un triplement de leurs effectifs, de 2,06 millions en 2024 à 6,3 millions en 2060. Cette dynamique s’explique par la baisse de la fécondité amorcée en 1975, la réduction de la mortalité et, dans une moindre mesure, les flux migratoires.

Des défis sociaux et économiques à anticiper sans délai

L’accélération du vieillissement entraînerait une hausse du rapport de dépendance, c’est-à-dire du nombre de personnes âgées ou jeunes à charge rapporté à la population en âge de travailler. Cette évolution poserait d’importants défis en matière de financement des retraites, de prise en charge sanitaire et de solidarités intergénérationnelles.

Les autorités soulignent que le vieillissement démographique s’impose comme une tendance structurelle et durable, quel que soit le scénario retenu. Pour y faire face, une anticipation des politiques publiques est indispensable : éducation, emploi, aménagement du territoire et protection sociale doivent être repensés pour accompagner un Maroc dont la population croît moins vite, mais vieillit plus rapidement.

Illustration des enjeux du vieillissement démographique au Maroc

Le Maroc dispose d’une fenêtre d’opportunité où la population en âge de travailler continue de progresser plus vite que les classes d’âge dépendantes. Cette période transitoire, appelée à se refermer progressivement, rend d’autant plus cruciale la manière dont le pays valorisera cette main-d’œuvre disponible avant l’accélération du vieillissement.