13 août 2026

Afrique Horizon

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Mali : la Dirpa et ses chiffres de guerre, entre succès annoncés et réalités troubles

Au Mali, la communication militaire s’est transformée en un outil de persuasion massive, où les chiffres tiennent lieu de preuves. Récemment, la Direction de l’information et des relations publiques des Armées (Dirpa) a dévoilé un bilan impressionnant pour les mois de juin et juillet : 1 850 terroristes « neutralisés », 45 bases détruites, ainsi que des centaines de véhicules et de motos réduits en cendres. Pourtant, derrière ces annonces spectaculaires se cache une réalité bien plus complexe, voire contestable.

Des chiffres qui interrogent : vérifiabilité et méthodes opaques

Comment une armée peut-elle revendiquer la neutralisation de près de deux mille combattants en seulement deux mois sans fournir la moindre preuve tangible ? Dans un contexte où l’accès aux zones de combat est strictement encadré, aucune organisation indépendante, aucun observateur neutre ne peut confirmer ces affirmations. Le terme « neutralisé », utilisé à répétition, reste flou : s’agit-il de combattants tombés au combat, de suspects arrêtés lors d’opérations ciblées, ou pire, de civils victimes de bavures dans des régions désormais interdites à toute investigation extérieure ?

Un succès proclamé face à une insécurité persistante

Les communiqués triomphalistes de la Dirpa peinent à masquer les contradictions du terrain. Si près de deux mille insurgés ont été « éliminés », pourquoi les grands axes routiers restent-ils sous la menace constante d’embuscades ? Pourquoi les convois de ravitaillement nécessitent-ils des escortes militaires massives si les zones supposément « purgées » des groupes armés étaient réellement sous contrôle ?

Les attaques récentes contre des positions stratégiques comme celles de San ou Konna, ainsi que les offensives simultanées menées par le JNIM dans le Nord et l’Est, démentent catégoriquement l’idée d’un ennemi « fortement affaibli ». Ces événements révèlent plutôt une capacité d’adaptation et de nuisance intacte chez les groupes armés, malgré les annonces officielles.

Une communication au service d’une stratégie politique

Cette rhétorique guerrière ne sert pas seulement à informer : elle vise à légitimer des choix politiques et militaires majeurs. L’adoption du Plan Dougoukoloko et le renforcement des partenariats avec le contingent russe d’Africa Corps s’appuient sur la nécessité de démontrer une efficacité opérationnelle incontestable. En verrouillant l’accès à l’information et en marginalisant toute voix dissidente, Bamako impose un récit où la victoire est toujours annoncée, mais jamais vérifiable.

Tant que la Dirpa privilégiera les chiffres spectaculaires à la transparence, ces bilans resteront sujets à caution. Et ceux qui subissent au quotidien les conséquences de l’insécurité continueront de douter d’un succès qui ne se traduit ni par une sécurité retrouvée, ni par une information accessible.