18 juin 2026

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Le Gabon renforce sa souveraineté sur les eaux halieutiques

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Le Gabon renforce sa souveraineté sur les eaux halieutiques

Libreville, le 17 juin 2026 – Alors que l’accord de partenariat de pêche durable entre le Gabon et l’Union européenne approche de son terme, les autorités gabonaises ont pris une décision historique. Elles ont choisi de ne pas reconduire un dispositif jugé profondément déséquilibré, marquant ainsi le début d’une nouvelle ère dans la gestion des ressources maritimes du pays.

Cette rupture stratégique s’inscrit dans une volonté plus large : celle de reprendre le contrôle de la valeur créée par les richesses nationales. L’objectif ? Inscrire le Gabon dans une dynamique continentale de souveraineté économique et de transparence dans l’exploitation des ressources naturelles.

Cette initiative survient à un moment où les débats sur la gouvernance des ressources halieutiques gagnent en intensité en Afrique. Lors de récentes rencontres continentales dédiées à l’économie bleue et à la gestion durable des océans, plusieurs États africains ont plaidé pour davantage de transparence, de traçabilité et de retombées locales dans les accords conclus avec les grandes puissances de pêche. Le Gabon semble désormais traduire cette orientation en actions concrètes.

Un modèle contesté enfin abandonné

Depuis des années, les accords de pêche entre certains États africains et l’Union européenne font l’objet de vives critiques. Officiellement conçus pour promouvoir une exploitation durable des ressources marines, ces partenariats sont souvent accusés de privilégier les intérêts des flottes étrangères au détriment des économies locales.

Le Gabon, lui, estime que la contrepartie financière proposée par Bruxelles ne reflète pas la valeur réelle des captures effectuées dans ses eaux. Les quelque 2,6 millions d’euros versés annuellement sont jugés insuffisants comparés aux dizaines de milliers de tonnes de thon prélevées dans l’une des zones maritimes les plus riches du Golfe de Guinée.

Au-delà de la question financière, Libreville pointe un autre déséquilibre : les coûts engagés pour surveiller et sécuriser la Zone économique exclusive restent largement supérieurs aux compensations reçues. En d’autres termes, le Gabon finance en partie le contrôle d’une activité dont les principaux bénéfices sont captés ailleurs.

La situation est encore plus critique sur le plan industriel. Le poisson capturé dans les eaux gabonaises est souvent débarqué, transformé et commercialisé hors du territoire national. Le pays se retrouve ainsi exclu des chaînes de valeur générées par sa propre ressource.

Transformer localement pour maîtriser son destin

L’enjeu principal de cette rupture réside dans la transformation locale. Depuis plusieurs années, le Gabon cherche à sortir du modèle d’exportation brute qui caractérise encore de nombreux secteurs stratégiques de son économie. Après le bois, les minerais et les hydrocarbures, la pêche devient un nouveau terrain d’affirmation de cette doctrine économique.

L’objectif est clair : développer une véritable filière thonière nationale capable de générer des emplois, d’attirer des investissements industriels et d’augmenter les recettes publiques. Cette orientation s’aligne sur les recommandations formulées par de nombreuses institutions africaines. Selon la Banque africaine de développement et plusieurs organismes spécialisés dans l’économie bleue, le continent perd chaque année des milliards de dollars faute de transformation locale de ses ressources marines.

Avec plus de 800 kilomètres de côtes et une zone maritime parmi les plus vastes de la région, le Gabon dispose d’atouts majeurs pour bâtir une industrie halieutique compétitive. La décision prise marque une étape clé dans cette ambition.

Transparence et durabilité au cœur de la stratégie

Cette décision ne repose pas uniquement sur des considérations économiques. Elle s’inscrit dans une volonté de renforcer la transparence et la durabilité de l’exploitation des ressources marines. Les autorités gabonaises s’inquiètent particulièrement des risques de surexploitation liés à l’absence de mécanismes de contrôle suffisamment rigoureux. Une préoccupation partagée par les organisations environnementales, qui alertent sur l’état des stocks de thon dans plusieurs zones de pêche africaines.

En refusant de reconduire automatiquement l’accord qui expire le 28 juin 2026, Libreville entend désormais imposer de nouvelles règles du jeu. Les futurs partenariats devront intégrer des exigences plus strictes en matière de préservation des écosystèmes, de traçabilité des captures et de création de valeur locale.

Cette position marque une évolution significative du rapport de force entre les États africains détenteurs des ressources et leurs partenaires traditionnels. Longtemps considérés comme de simples fournisseurs de matières premières, plusieurs pays du continent revendiquent désormais un rôle plus actif dans la définition des conditions d’exploitation de leurs richesses.

La décision du Gabon pourrait ainsi faire jurisprudence bien au-delà de ses frontières. Elle envoie un message clair aux investisseurs et aux partenaires internationaux : l’accès aux ressources naturelles africaines ne peut plus être dissocié des impératifs de souveraineté, de transparence et de développement local.

Alors que l’Afrique cherche à construire une économie plus autonome et mieux intégrée à ses intérêts stratégiques, le choix de Libreville illustre une tendance de fond. Celle d’un continent qui ne veut plus seulement exporter ses ressources, mais désormais maîtriser leur destin.