17 juin 2026

Afrique Horizon

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Le Bénin renforce sa législation contre les produits dépigmentants dangereux

Les autorités béninoises ont officiellement engagé une offensive majeure contre la commercialisation des produits dépigmentants. Depuis le 5 mai dernier, une série de crèmes, lotions et autres préparations destinées à l’éclaircissement cutané sont désormais proscrites de la vente sur l’ensemble du territoire national. Cette initiative d’envergure répond à l’inquiétude croissante des pouvoirs publics face aux répercussions sanitaires d’une pratique très répandue.

Mettre un terme à la pratique du « tchatcho »

Au Bénin, la pratique de l’éclaircissement de la peau, communément désignée sous le terme de « tchatcho », touche une proportion significative de la population, sans distinction de catégorie socio-économique. Ces articles étaient aisément disponibles, que ce soit sur les étals animés du marché Dantokpa ou via les plateformes de commerce électronique sur les réseaux sociaux.

Par cette nouvelle réglementation, les pouvoirs publics entendent endiguer cette prolifération. Le ministère de la Santé, en collaboration étroite avec les entités de régulation pharmaceutique, a établi une nomenclature précise des substances jugées nocives. Des vérifications rigoureuses sont désormais annoncées, ciblant tant les distributeurs en gros que les détaillants.

L’objectif est limpide : démanteler les réseaux d’approvisionnement de ce commerce particulièrement lucratif, mais trop souvent alimenté par la contrebande et des concoctions artisanales dont la composition échappe à toute supervision.

Les dangers sanitaires : une préoccupation grandissante

Si l’État a décidé d’adopter une position ferme, c’est en réponse aux multiples alertes émises depuis plusieurs années par la communauté des professionnels de la santé. Les dermatologues, en particulier, n’ont eu de cesse de souligner les conséquences délétères de la dépigmentation artificielle.

Les produits incriminés renferment fréquemment des composés potentiellement dangereux tels que l’hydroquinone, des corticoïdes à forte puissance ou encore le mercure. Leur utilisation prolongée peut gravement fragiliser l’intégrité cutanée et provoquer des complications parfois irréversibles.

À court terme, les usagers s’exposent à des brûlures, des vergetures profondes, un amincissement extrême de la peau, des difficultés de cicatrisation, ou encore à des infections dermatologiques récurrentes.

Cependant, les répercussions ne se limitent pas à l’épiderme. En pénétrant l’organisme, ces substances peuvent favoriser l’émergence de pathologies graves telles que l’insuffisance rénale chronique, l’hypertension artérielle, divers troubles métaboliques, et accroître significativement les risques de cancers cutanés.

Au-delà de la répression : un enjeu multidimensionnel

Bien que cette interdiction soit unanimement saluée par le corps médical, sa mise en œuvre s’annonce complexe. Les autorités devront en effet faire face à la perméabilité des frontières, à la circulation persistante des produits de contrebande, ainsi qu’à l’ingéniosité des vendeurs qui n’hésitent pas à modifier régulièrement les conditionnements pour échapper aux contrôles.

Au-delà des seules mesures coercitives, le véritable enjeu réside également dans la dimension culturelle. L’attrait pour les carnations claires, nourri par certains canons de beauté et des pressions sociales tenaces, continue d’alimenter une demande soutenue.

Pour que cette politique produise des effets durables, elle devra impérativement être complétée par d’amples campagnes de sensibilisation, visant à valoriser les teints naturels et à déconstruire les stéréotypes profondément ancrés liés à la couleur de peau.

En s’engageant dans cette bataille, le Bénin marque une avancée significative en matière de protection de la santé publique. Il reste désormais à déterminer si la détermination des autorités et l’évolution progressive des mentalités parviendront à endiguer durablement le phénomène du « tchatcho ».