L’ancienne figure politique malienne Hamma Ag Mahmoud, qui a occupé des postes clés sous le régime du général Moussa Traoré, a officiellement rallié la Coalition des forces pour la République (CFR), dirigée par l’imam Mahmoud Dicko. Ce mouvement marque un tournant dans le paysage politique du Mali, alors que le pays fait face à une crise multidimensionnelle.
Un parcours politique marqué par l’engagement et les transitions
Né en 1945, Hamma Ag Mahmoud a marqué l’histoire politique du Mali en occupant des fonctions ministérielles et administratives durant plusieurs décennies. Entre 1986 et 1988, il fut ministre du Travail et de la Fonction publique sous le régime militaire du général Moussa Traoré, avant d’être nommé préfet dans plusieurs régions stratégiques du pays, dont Sikasso, Koulikouro, Ségou, Gao et Tombouctou.
Son engagement ne s’est pas limité à l’administration publique. En 2012, il a rejoint le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) lors de la rébellion touarègue, jouant un rôle actif dans les négociations qui ont abouti à la signature de l’accord de paix de 2015 entre le gouvernement malien et les groupes armés. Depuis 2011, il vit en exil en Mauritanie, d’où il observe avec attention l’évolution de la situation politique au Mali.
Un diagnostic sans concession de la crise malienne
Dans un entretien exclusif, Hamma Ag Mahmoud a livré une analyse sévère de la situation actuelle du Mali. « Nous traversons une période de profondes turbulences, où le pays semble se déliter sous nos yeux », déclare-t-il. Pour lui, la réponse à cette crise passe par une mobilisation collective autour d’un projet national unificateur. « La Coalition des forces pour la République a pris les devants en proposant une conférence nationale. Il est temps que tous les Maliens la rejoignent pour corriger les erreurs du passé et bâtir un avenir commun ».
L’ancien ministre ne mâche pas ses mots lorsqu’il évoque l’échec de la classe politique malienne. « Les rébellions et l’émergence des groupes jihadistes au Mali sont les conséquences directes de cette défaillance. Les Maliens ont besoin d’un projet politique inclusif, où chacun puisse se reconnaître », insiste-t-il.
Dialogue avec les groupes armés : une nécessité pour la paix ?
La question du dialogue avec les groupes armés, notamment ceux liés à al-Qaïda, suscite des débats houleux au Mali. Malgré les réticences d’une partie de la population, Hamma Ag Mahmoud défend l’idée d’une inclusion de ces acteurs dans un cadre républicain. « Si nous les associons à un projet commun, nous mettons fin à cette spirale de violence. En rétablissant une gouvernance juste et transparente, nous éliminerons les causes profondes des rébellions et du jihadisme », argue-t-il.
Le Jnim, groupe jihadiste affilié à al-Qaïda, a récemment adapté son discours pour se présenter comme un acteur politique légitime, mettant en avant des concepts comme la souveraineté. Pourtant, son objectif reste inchangé : imposer sa vision rigoriste de la charia. Cette ambiguïté soulève une question cruciale : des négociations avec un tel groupe sont-elles compatibles avec les valeurs républicaines ?
Pour Hamma Ag Mahmoud, la réponse est sans ambiguïté. « Bien sûr que oui. Les principes démocratiques, comme l’égalité et la justice, doivent être appliqués en associant tous les Maliens, sans exception », déclare-t-il.
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