Gabon : les projets financés doivent enfin montrer leur impact

Libreville — Le Gabon passe à l’action. Après des années de retards persistants sur des projets stratégiques financés par la Banque africaine de développement (BAD), les autorités gabonaises ont décidé de conditionner désormais tout nouveau financement à des résultats tangibles et immédiats.
Lors de la réunion du 29 juin à Libreville, le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, a reçu une délégation de la BAD menée par l’administrateur-pays Mamour Ousmane Ba. L’objectif était clair : faire le point sur l’avancement de deux chantiers phares — le Programme intégré pour l’alimentation en eau potable et l’assainissement de Libreville (PIAEPAL) et la route Ndendé-Doussala — mais surtout, définir un cadre exigeant pour éviter que les retards ne se transforment en norme.
Ces deux projets, présentés comme prioritaires, sont pourtant emblématiques des difficultés structurelles qui minent le développement des infrastructures au Gabon. Le PIAEPAL, censé résoudre les problèmes récurrents d’accès à l’eau potable dans la capitale, accumule les reports. Quant à la route Ndendé-Doussala, promise comme un axe majeur d’intégration régionale, elle reste à l’état de promesse, freinant les échanges économiques avec les pays voisins.
Fin des retards : une exigence désormais non négociable
Le Gabon a multiplié les appels à financements auprès des institutions internationales ces dernières années. Pourtant, nombreux sont les projets qui peinent à respecter les échéances, au grand dam des citoyens. Cette rencontre marque un tournant : l’exécutif gabonais assume désormais une position ferme, exigeant des comptes précis sur l’utilisation des fonds et leur impact réel sur le terrain.
Dans un contexte budgétaire serré, le gouvernement ne se contente plus de mobiliser des ressources. Il exige désormais que chaque franc engagé se traduise par une infrastructure opérationnelle ou une amélioration concrète des conditions de vie. Les Gabonais attendent des résultats, pas des promesses. Les retards répétés, surtout sur des enjeux aussi cruciaux que l’eau potable ou les routes, sapent la confiance dans les institutions.
Le cas du PIAEPAL est symptomatique. Malgré les investissements consentis, des quartiers entiers de Libreville continuent de subir des coupures d’eau récurrentes. Chaque report supplémentaire alimente la suspicion et affaiblit la légitimité des programmes publics. Même constat pour la route Ndendé-Doussala : présentée comme un levier de croissance, elle reste un chantier à l’arrêt, privant les acteurs économiques locaux et les populations des bénéfices attendus.
Des retards qui révèlent des dysfonctionnements systémiques
Un autre aspect marquant de cette réunion a été l’aveu, plus ou moins implicite, des causes profondes des retards. Hermann Immongault a souligné la nécessité de clarifier les rôles et d’identifier les blocages, reconnaissant que les lenteurs ne sont pas uniquement imputables aux entreprises ou aux bailleurs.
Cette prise de conscience est rare. Trop souvent, les retards sont attribués à un acteur unique, masquant la réalité d’un système complexe où s’entremêlent procédures administratives lourdes, coordination défaillante entre institutions, lenteurs décisionnelles et contraintes techniques. Cette lucidité est un premier pas vers une gouvernance plus efficace des projets publics — une gouvernance où la responsabilité est partagée et où les blocages sont traités sans complaisance.
Un partenariat sous haute surveillance
Du côté de la BAD, le discours était mesuré mais sans ambiguïté. Mamour Ousmane Ba a réaffirmé la volonté de l’institution d’accompagner le Gabon dans ses priorités, tout en insistant sur l’importance de transmettre ces orientations aux instances dirigeantes de la Banque. Ce dialogue illustre une réalité souvent méconnue : les financements sont disponibles, mais leur efficacité dépend avant tout des capacités nationales à les mobiliser.
C’est là que réside le défi majeur pour le Gabon. Au-delà des annonces et des plans d’action, la crédibilité de cette nouvelle approche se mesurera à l’aune des résultats concrets. L’achèvement du PIAEPAL et de la route Ndendé-Doussala ne sera pas seulement un test pour le gouvernement, mais aussi un indicateur de sa capacité à réformer en profondeur sa gestion des projets publics.
Car dans un environnement où la compétition pour l’accès aux financements internationaux s’intensifie, les pays qui se distinguent ne sont plus ceux qui empruntent le plus, mais ceux qui transforment ces emprunts en infrastructures utiles et en améliorations durables du quotidien. Le Gabon envoie un signal fort à la BAD : chaque projet financé doit désormais se matérialiser rapidement. Reste à savoir si cette exigence suffira à briser le cycle des retards qui handicape le pays depuis trop longtemps.
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