16 août 2026

Afrique Horizon

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Les journalistes burkinabè face à l’exigence de la formation militaire

Plus de quarante professionnels des médias burkinabè, issus de la presse publique et privée, ont récemment participé à un stage militaire. Cette initiative, qualifiée d’« immersion patriotique » par la junte au pouvoir, est désormais prévue annuellement. Dans un Burkina Faso en proie à la guerre contre les groupes jihadistes, une démarche similaire avait déjà été imposée l’année précédente aux bacheliers. Cependant, cette nouvelle exigence pour les journalistes suscite de vives inquiétudes parmi les défenseurs de la liberté de la presse. La pression exercée sur les médias nationaux est palpable, et des cas de réquisition forcée de journalistes pour le combat ont déjà été signalés, à l’image de Serge Oulon, toujours détenu deux ans après son enlèvement à Ouagadougou.

Organisée sous l’égide du ministère de la Sécurité, cette formation intensive s’est déroulée sur une semaine à l’Académie de police de Pabré, située à une vingtaine de kilomètres de la capitale, Ouagadougou. Une séquence vidéo diffusée par la télévision nationale a montré Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, s’adressant aux participants. Vêtus de treillis et armés de fusils, les journalistes ont répondu en chœur et au garde-à-vous par un retentissant « Affirmatif ! » lorsque le ministre leur a demandé s’ils seraient des « journalistes patriotiques et professionnels ». Le ministre a insisté sur l’importance de cet engagement : « Un journaliste professionnel et pas patriote est une menace. Un journaliste professionnel et patriote, mais pas engagé, est comme un spectateur passif dans un contexte où s’écrivent les plus belles pages de l’histoire de son pays. »

Pour Lassina Traoré, directeur général de l’Académie de police, l’objectif de ce programme est d’« imprégner [les journalistes] des réalités opérationnelles et des valeurs qui guident au quotidien les forces de défense et de sécurité ».

Néanmoins, cette « immersion patriotique », selon la terminologie des autorités, continue de soulever des préoccupations majeures auprès des organisations de défense de la liberté de la presse. Sadibou Marong, représentant l’ONG Reporters sans frontières (RSF), a clairement exprimé son désaccord : « Les journalistes ne sont pas des militaires et ne doivent pas être transformés en relais de l’effort de guerre, habillés en uniforme militaire et armes à la main. »