21 juillet 2026

Afrique Horizon

Prospective et actualités africaines : économie, diplomatie, développement et souveraineté du continent.

Émergence économique en Côte d’Ivoire : les champions locaux au cœur du développement

la Côte d’Ivoire accélère son développement avec ses champions économiques locaux

Après quinze années de croissance ininterrompue, la Côte d’Ivoire s’engage dans une nouvelle phase stratégique : favoriser l’émergence de champions économiques locaux. Ces entreprises privées, véritables locomotives du plan de développement 2026-2030, incarnent désormais l’ambition du pays de devenir un acteur majeur du continent africain.

des entreprises ivoiriennes qui transforment l’économie

Dans l’effervescence de la zone industrielle de Yopougon, à l’ouest d’Abidjan, des centaines d’ouvrières s’activent autour de machines remplissant des flacons de cosmétiques naturels à base de beurre de karité. Parmi elles, Fodé Yattabaré, fondateur de Kaera, se souvient des débuts modestes de son entreprise dans un petit appartement à la fin des années 2000. Aujourd’hui, son groupe emploie 600 salariés et exporte ses produits de beauté vers une trentaine de pays, des capitales d’Afrique de l’Ouest jusqu’à Paris et Dubaï.

« notre écosystème entrepreneurial est aujourd’hui particulièrement dynamique. Cela renforce notre confiance dans l’avenir et nous pousse à viser de nouveaux marchés, comme l’europe », confie le PDG, déterminé à conquérir de nouveaux horizons.

une stabilité politique et économique qui attire les investisseurs

Après près d’une décennie de crise politico-militaire (2002-2011) qui avait lourdement affecté son économie, la Côte d’Ivoire a retrouvé une stabilité remarquable. Avec une croissance annuelle supérieure à 6%, le pays s’est repositionné parmi les économies les plus dynamiques d’Afrique de l’Ouest.

Régis Bamba, cofondateur de Djamo, une fintech ivoirienne lancée en 2020, souligne : « la Côte d’Ivoire bénéficie d’un environnement politique et sécuritaire stable, ce qui rassure les investisseurs. Les infrastructures sont performantes, et il est plus aisé de lever des fonds depuis un pays aussi stable ». Cette start-up propose des solutions hybrides entre banque traditionnelle et paiement mobile, comptant déjà deux millions d’utilisateurs, majoritairement non bancarisés.

des champions nationaux pour dynamiser les pme

Kaera, Djamo et Pétro Ivoire figurent parmi ces champions économiques locaux qui, selon les autorités, doivent jouer un rôle clé dans le développement du pays. Ces entreprises sont appelées à entraîner dans leur sillage des milliers de petites et moyennes entreprises (pme), créant ainsi un cercle vertueux de croissance et d’emplois.

« cette responsabilité est immense. Nous devons montrer l’exemple, former, créer de la valeur et réinvestir pour stimuler l’économie », explique Sébastien Kadio Morokro, directeur général de Pétro Ivoire. Régis Bamba ajoute : « l’État a un rôle crucial à jouer en soutenant massivement ces champions nationaux, qui à leur tour formeront, éduqueront et généreront de la richesse ».

Souleymane Diarrassouba, ministre du Plan, confirme cette ambition : « la Côte d’Ivoire met en place une politique dédiée aux pme. Pour qu’une entreprise devienne un champion, il faut d’abord la faire grandir dans une pépinière, l’accompagner et la soutenir ». L’objectif ? Voir émerger plusieurs centaines de champions nationaux dans les années à venir.

des financements records pour concrétiser les ambitions

Le pays a récemment obtenu des financements publics internationaux records : 80 milliards de dollars au mois de juillet pour son plan national de développement 2026-2030, soit quatre fois plus que prévu. Les investisseurs privés devraient apporter près de 150 milliards de dollars supplémentaires.

Blaise Makaye, économiste à l’université de Bouaké, analyse : « cette phase marque la dernière étape de la stratégie visant à faire de la Côte d’Ivoire un pays à revenu intermédiaire d’ici 2030. Le revenu brut annuel par habitant devrait alors dépasser 4 000 dollars, contre 2 700 dollars actuellement ».

un secteur informel toujours dominant, mais des indicateurs macroéconomiques solides

Malgré un secteur informel représentant près de 90% des emplois, les indicateurs macroéconomiques sont au vert. En décembre dernier, l’agence Fitch a relevé la note souveraine de la Côte d’Ivoire à BB, confirmant sa crédibilité sur la scène internationale.

les défis à relever : numérisation et intégration régionale

Les entrepreneurs ivoiriens appellent à une accélération de la numérisation de l’administration pour faciliter les échanges et élargir l’assiette fiscale. Blaise Makaye précise : « la digitalisation permet à l’État de collecter davantage de recettes et de financer ainsi le développement ».

Les découvertes récentes de pétrole et de gaz devraient également apporter un souffle nouveau à l’économie. Par ailleurs, l’entrée en vigueur de la zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) est perçue comme une opportunité majeure pour harmoniser les normes et faciliter les affaires.

Fodé Yattabaré, fondateur de Kaera, souligne : « les différences de réglementations entre pays africains freinent encore les échanges. La Zlecaf pourrait changer la donne ». Régis Bamba, de Djamo, renchérit : « plus de libre-échange signifie plus d’opportunités, plus de facilité à faire des affaires et plus de valeur créée ».