13 août 2026

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Crise à Ceuta : le Maroc maintient ses revendications face à l’espagne

Crise à Ceuta : le Maroc maintient ses revendications face à l’Espagne

Illustration des tensions entre le Maroc et l'Espagne autour de Ceuta

L’afflux massif de plus de 72 000 migrants à Ceuta fin juillet a révélé une tension sous-jacente entre le Maroc et l’Espagne. Selon Jorge Dezcallar, ancien ambassadeur espagnol au Maroc, ces arrivées s’inscrivent dans un contexte de revendications territoriales non résolues de Rabat sur les enclaves de Ceuta et Melilla.

Un différend territorial qui persiste

Pour Dezcallar, qui a aussi dirigé les services de renseignement espagnols, le Maroc n’a jamais abandonné ses prétentions sur Ceuta et Melilla, deux territoires espagnols en Afrique du Nord depuis des siècles. « Ces revendications restent toujours d’actualité et font systématiquement l’objet de discussions lors des rencontres avec les autorités espagnoles », a-t-il souligné.

Le ministre marocain de la Justice, Abdellatif Ouahbi, a réaffirmé cette position lors d’une intervention télévisée : « Nous restons fermement ancrés sur nos territoires. Cette question se réglera par la négociation et avec patience. »

En réponse, la ministre espagnole de la Défense, Margarita Robles, a réaffirmé sans ambiguïté : « Ceuta et Melilla sont et resteront espagnoles. »

Les tensions se sont encore exacerbées après l’arrêt de la Cour suprême espagnole en juillet, interdisant les renvois immédiats de migrants arrivant par voie maritime. Le gouvernement espagnol, dirigé par Pedro Sánchez, est actuellement fragilisé par des scandales de corruption et des divergences avec ses partenaires européens, notamment sur la politique migratoire et les relations transatlantiques.

Des relations en dents de scie

Selon Dezcallar, les relations entre les deux pays sont marquées par des hauts et des bas, souvent dictées par des enjeux émotionnels plutôt que stratégiques. Pourtant, leur coopération reste essentielle, notamment en matière de migration, de sécurité régionale et de lutte contre le terrorisme.

Le roi Felipe VI d’Espagne n’a jamais visité Ceuta ou Melilla, et un ministre espagnol des Affaires étrangères ne s’y est rendu pour la première fois qu’en août, une démarche perçue comme un geste d’apaisement envers Rabat.

Une crise migratoire instrumentée ?

Dezcallar a pointé une possible complicité des autorités marocaines dans l’afflux de migrants. « Il y a eu, à tout le moins, une certaine permissivité ou négligence de leur part », a-t-il déclaré. Il a également mis en garde contre l’incapacité de Madrid à endiguer ces flux, rappelant que ce scénario s’est déjà produit, notamment en 2021 après l’hospitalisation en Espagne du dirigeant sahraoui Brahim Ghali. À l’époque, le Maroc avait facilité l’arrivée de près de 10 000 migrants à Ceuta, qualifiée par Robles d’acte de « chantage ».

Les services de renseignement espagnols ont récemment alerté sur un possible nouvel afflux de migrants le 15 août, alors que des appels à prendre d’assaut la ville se multipliaient sur les réseaux sociaux. Les syndicats de police et de la Garde civile ont confirmé cette menace.

Pour Dezcallar, une chose est sûre : « Si quelqu’un pense que le Maroc renoncera à ses revendications sur Ceuta et Melilla, il se trompe. »