13 juillet 2026

Afrique Horizon

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Côte d’Ivoire : comment l’afrique veut bâtir sa souveraineté économique à Abidjan

Trois jours d’échanges intenses à Abidjan ont révélé une ambition claire : transformer les défis du continent en leviers de puissance. La Conférence économique africaine 2026, organisée par la Banque africaine de développement (BAD), le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), a posé les bases d’une Afrique qui ne subit plus les mutations géopolitiques, mais les façonne.

Dans un monde où les rapports de force se réinventent, les décideurs africains et leurs partenaires internationaux ont martelé un message sans ambiguïté : l’Afrique ne peut plus se contenter d’être un acteur passif. Elle doit désormais imposer sa voix dans l’économie mondiale, en s’appuyant sur une intégration régionale renforcée, des financements innovants et une action collective déterminée.

Des crises aux opportunités : l’art de rebondir

Raymond Gilpin, économiste en chef du PNUD pour l’Afrique, a rappelé que les turbulences économiques mondiales, loin d’être une fatalité, peuvent devenir un tremplin pour le continent. « Les défis économiques actuels ne fragiliseront pas nos sociétés, ils révéleront au contraire leur résilience et leur capacité à innover », a-t-il souligné. L’enjeu, selon lui, est de passer d’une logique de résistance à une stratégie offensive : utiliser les bouleversements géopolitiques pour accélérer les réformes et bâtir une Afrique autonome.

Les débats ont mis en lumière une vision renouvelée du développement, où chaque secteur – commerce, dette, climat, investissement – est interconnecté. Ida McDonnell, conseillère à l’OCDE, a insisté sur la nécessité de repenser les politiques publiques en intégrant les interdépendances entre les enjeux. « Les crises actuelles, qu’elles soient financières, énergétiques ou climatiques, ne s’arrêtent pas aux frontières. Elles appellent une réponse globale et coordonnée, alimentée par des données partagées et des analyses transversales. »

De la théorie à la pratique : l’heure des décisions

Marie-Laure Akin Olugbade, vice-présidente du Groupe de la BAD, a appelé à une traduction immédiate des discussions en actions concrètes. « Les recommandations issues d’Abidjan doivent nourrir les politiques publiques et les partenariats stratégiques. L’Afrique a besoin de renforcer sa résilience commerciale et sa capacité d’action géopolitique, dans un contexte où les marges de manœuvre budgétaires sont étroites et la compétition mondiale s’intensifie. »

Ahunna Eziakonwa, directrice du Bureau régional du PNUD pour l’Afrique, a souligné que le véritable test commence maintenant. Pour elle, l’Afrique doit lever les freins au commerce intracontinental, investir dans l’innovation et préparer sa jeunesse à évoluer dans une économie mondiale en pleine mutation. « Notre souveraineté ne se gagnera ni par l’alignement sur une puissance étrangère, ni par l’isolement, mais par notre capacité à créer de la valeur, financer notre développement et défendre nos intérêts. »

Abidjan, symbole d’une Afrique en marche vers l’autonomie

L’édition 2026 de la Conférence économique africaine a également marqué le lancement du Réseau africain des économistes en chef (ACE Network), une initiative visant à renforcer la coordination entre les institutions de développement. Les organisateurs ont insisté sur un point : l’Afrique ne doit plus se contenter de répondre aux besoins du continent, mais devenir un acteur influent dans l’élaboration des règles économiques mondiales.

Dans un contexte international marqué par des bouleversements sans précédent, les participants ont vu dans cette conférence une opportunité historique. Reste désormais à concrétiser ces ambitions par des politiques audacieuses, des investissements ciblés et des résultats mesurables. Seule une mise en œuvre rigoureuse permettra à l’Afrique de tenir ses promesses et d’émerger comme une force économique majeure, souveraine et résiliente.