Une crise politique majeure secoue la République démocratique du Congo (RDC) après la prise de position sans équivoque de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO). Les évêques, réunis en assemblée extraordinaire à Kinshasa, ont fermement condamné le projet de révision constitutionnelle visant à permettre au président Félix Tshisekedi de se représenter en 2028. Dans leur déclaration solennelle, ils appellent le Chef de l’État à respecter son serment « devant Dieu et la Nation », tout en mettant en garde contre les dangers d’un emballement institutionnel.
La CENCO, qui regroupe l’ensemble des évêques congolais, se réserve désormais le droit de mobiliser la population et d’annoncer un calendrier d’actions concrètes pour s’opposer à cette initiative. Aux yeux de la hiérarchie catholique, cette tentative de modification de la Constitution, limitant à deux le nombre de mandats présidentiels, risque de plonger le pays dans une spirale de violences et de divisions. « Résister à cette manœuvre est un devoir sacré pour chaque Congolais », a martelé la Conférence épiscopale dans un communiqué percutant.
Un contexte déjà explosif à l’Est du pays
La tension politique s’ajoute à une situation sécuritaire déjà critique. Depuis plusieurs années, les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu subissent les assauts répétés de groupes armés comme les Forces démocratiques alliées (ADF), responsables de massacres à grande échelle. Parallèlement, l’Alliance du Fleuve Congo / Mouvement du 23 mars (AFC/M23) étend son emprise sur le Nord et le Sud-Kivu, malgré les multiples accords de paix signés. Cette occupation militaire s’accompagne d’une administration parallèle dans les zones sous son contrôle, aggravant la précarité des populations locales.
À cette instabilité chronique s’ajoute désormais une menace sanitaire : la résurgence de la fièvre hémorragique Ebola à l’Est. Les évêques congolais s’alarment de la concomitance entre cette épidémie et la crise politique, deux fléaux qui pourraient, selon eux, « précipiter le pays vers le chaos ».
Des accusations de terreur et de répression
Dans leur déclaration de 17 points, les membres de la CENCO dénoncent l’utilisation des ressources de l’État pour promouvoir ce projet controversé de révision constitutionnelle. Ils évoquent un climat de peur généralisé, où les opposants au régime sont réduits au silence par des milices affiliées à la majorité présidentielle, comme la « Force du progrès ». Les manifestations pacifiques de l’opposition, quant à elles, sont systématiquement réprimées dans la violence par les forces de l’ordre.
Pour les évêques, il n’existe « ni l’utilité, ni l’urgence, ni la légitimité » à modifier la Constitution de 2006. Leur priorité absolue ? « Restaurer la paix, garantir le bien-être social et préserver l’unité nationale ». Une position qui s’inscrit en droite ligne de leur opposition historique à toute tentative de déverrouiller les règles du scrutin présidentiel, comme ce fut le cas sous l’ancien président Joseph Kabila.
Réactions enflammées de la majorité présidentielle
Face à cette prise de position, l’Union sacrée pour la Nation (USN), coalition de plus de 400 partis et mouvements soutenant Félix Tshisekedi, a réagi avec virulence. Dans un communiqué incendiaire, elle qualifie la déclaration des évêques de « subversive » et d’atteinte aux institutions démocratiques. « Ces propos incitent ouvertement au soulèvement et au renversement de l’ordre constitutionnel », peut-on lire dans leur réponse officielle. La majorité présidentielle dénonce une instrumentalisation de la religion à des fins politiques, accusant la CENCO de saper l’autorité de l’État.
Cette confrontation entre le pouvoir et l’Église catholique marque un tournant dans la crise politique congolaise. Alors que les tensions montent d’un cran, la population reste suspendue aux décisions des différentes parties prenantes, dans l’attente d’une issue qui pourrait sceller l’avenir du pays.
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