23 avril 2026

Burkina Faso : la persistance des défis sécuritaires un an après le putsch

Dans un contexte régional sahélien marqué par des bouleversements politiques, notamment des coups d’État successifs, et la propagation de l’influence de groupes armés comme Wagner, la situation sécuritaire au Burkina Faso demeure une préoccupation majeure. Un an après le putsch qui a porté le capitaine Ibrahim Traoré au pouvoir, le pays est toujours confronté à une intensification des attaques menées par des groupes jihadistes.

Un an de défis sécuritaires intenses au Burkina Faso

Le Burkina Faso a connu un tournant majeur le 30 septembre 2022, lorsque le capitaine Ibrahim Traoré a pris les rênes du pouvoir. À 34 ans, il devenait alors le plus jeune chef d’État mondial, promettant de restaurer le contrôle territorial et de mener une transition vers des élections prévues en juillet 2024. Son arrivée avait suscité un immense espoir au sein de la population burkinabè, fortement éprouvée par l’insécurité.

Depuis son investiture, le régime de transition a mis en œuvre une réponse sécuritaire musclée face aux attaques incessantes des groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique. Cette stratégie inclut une campagne massive de recrutement pour les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP), une force civile complémentaire à l’armée. Des acquisitions significatives de matériel militaire, notamment des drones et des hélicoptères, ont également été réalisées pour « neutraliser » les jihadistes. Le capitaine Traoré lui-même s’est montré activement sur le terrain, cherchant à motiver les troupes.

Malgré ces efforts, la situation sécuritaire reste préoccupante. Un éditorial du journal L’Observateur Paalga a souligné que « le problème qui a justifié l’irruption du Capitaine Traoré sur la scène politique nationale est loin d’être résolu ». Lassina Diarra, expert en sécurité au Sahel, a confirmé à l’AFP que si « beaucoup d’efforts ont été déployés sur le terrain pour reprendre le contrôle de zones », la situation s’est « considérablement détériorée ».

Un lourd bilan humain et social

Les chiffres témoignent de la gravité de la crise. Selon le projet ACLED (Armed Conflict Location and Event Data Project), plus de 17 000 personnes ont perdu la vie dans des attaques depuis 2015, dont plus de 6 000 uniquement depuis le début de cette année. L’armée et les VDP sont les principales cibles, mais les civils paient un tribut exorbitant. Le Conseil Norvégien pour les Réfugiés rapporte que plus de 6 000 écoles, soit près d’une sur quatre, sont désormais fermées au Burkina Faso, privant d’éducation des milliers d’enfants.

La violence a également entraîné le déplacement de deux millions de personnes depuis 2015. Bien que le gouvernement ait annoncé fin du mois dernier le retour de plus de 190 000 personnes dans leurs foyers après des opérations de chasse aux jihadistes, la crise humanitaire demeure aiguë.

Entre soutien populaire et préoccupations sur les droits humains

Le régime du capitaine Traoré bénéficie d’un soutien fervent de la part de ses partisans. Lassane Sawadogo, coordinateur du Front pour la Défense de la Patrie, un mouvement pro-gouvernemental, affirme qu’il n’y a « aucun échec » à déplorer. Il souligne que « nos soldats étaient sous-équipés pour la lutte contre le terrorisme, mais avec l’arrivée du Capitaine Traoré, nous avons acquis d’énormes ressources », saluant ainsi les décisions fermes prises par le leader burkinabè.

Pourtant, des voix s’élèvent pour dénoncer de présumées exactions commises par les forces armées ou les VDP. En avril, le Collectif contre l’Impunité et la Stigmatisation des Communautés a rapporté l’assassinat de 136 personnes, dont des femmes et des enfants, dans le village de Karma, situé dans le nord du pays, par des individus en uniforme militaire. Une enquête a été ouverte par les autorités, qui ont fermement condamné ces « actes vils et barbares ». Néanmoins, le Capitaine Traoré a appelé à la prudence, mettant en garde contre des conclusions hâtives accusant l’armée.

Réorientation diplomatique et tensions sur les libertés

Parallèlement aux défis sécuritaires, des inquiétudes grandissent concernant l’érosion des libertés individuelles. L’Unité d’Action Syndicale, regroupant les principaux syndicats, a mis en lumière des cas de recrutement forcé, d’enlèvements et de suspensions de médias. Au cours des douze derniers mois, plusieurs médias français, dont RFI, France 24 et Jeune Afrique, ont été suspendus, et des correspondants de journaux comme Libération et Le Monde ont été expulsés du territoire burkinabè.

Sous la direction du Capitaine Traoré, les relations avec la France se sont considérablement dégradées, conduisant au départ des forces françaises qui apportaient un soutien à l’armée burkinabè en février. En réponse, la junte a activement cherché à diversifier ses partenaires internationaux, établissant des contacts avec des pays comme la Russie, l’Iran et le Venezuela. Plus tôt ce mois-ci, un pacte de défense mutuelle a également été signé avec le Mali et le Niger, deux nations sahéliennes dont les dirigeants militaires sont également arrivés au pouvoir par des coups d’État depuis 2020.

Lassane Sawadogo, fervent soutien du régime, salue cette réorientation, déclarant que le Capitaine Traoré a « libéré le Burkina Faso du joug de l’impérialisme ». Il exprime l’espoir que les efforts déployés au cours de cette première année seront amplifiés dans les mois à venir.

Malgré les tensions et les critiques, le régime conserve une base de soutien significative. Récemment, des milliers d’habitants d’Ouagadougou sont descendus dans les rues pour « défendre » Traoré suite à des rumeurs de coup d’État diffusées sur les réseaux sociaux. Le gouvernement militaire a ensuite annoncé avoir déjoué cette tentative, menant à l’arrestation de quatre officiers.