Le football brésilien, emblématique pour son « joga bonito », exige bien plus que de simples victoires ; il réclame du style et de la flamboyance. Cette tradition, profondément ancrée depuis la victoire en Coupe du monde 1994 où le sélectionneur Carlos Alberto Parreira fut critiqué pour la manière malgré le titre, impose une pression constante. Le récent affrontement à Philadelphie a montré que cette attente reste vive.

La Seleção a d’abord répondu à ces attentes élevées face à Haïti, menant de trois buts à la mi-temps. Le choix tactique de l’entraîneur Carlo Ancelotti d’aligner Matheus Cunha en attaque, en remplacement d’Igor Thiago, s’est avéré payant dès les premières minutes.

L’attaquant de Manchester United a ouvert le score juste avant la première pause fraîcheur, en déviant adroitement une frappe mal dégagée de son coéquipier Vinícius Jr. Une action qui a lancé le festival offensif brésilien.

Cunha a ensuite doublé la mise d’une frappe puissante du pied gauche, logée dans la lucarne, grâce à une nouvelle passe décisive de Vinícius Jr., célébrant son but avec sa signature de surfeur.

Vinícius Jr. a lui-même clôturé le score de la première période, exploitant une défense haïtienne naïvement avancée suite à une passe lobée millimétrée de Lucas Paquetá, qui semblait en bien meilleure forme que lors du match précédent du groupe C contre le Maroc.

Alors que les tribunes vibraient au rythme d’une possible déroute haïtienne, les Grenadiers, malgré un carton jaune précoce pour leur jeu robuste, ont su réagir. Leur sélectionneur, Sébastien Migné, a opéré un ajustement tactique crucial, passant d’une défense à cinq à une formation à quatre, avec un bloc plus bas et un milieu de terrain plus compact. Cette stratégie a permis d’endiguer l’hémorragie et de limiter les dégâts.

Loin de se contenter de « garer l’autobus » devant leur but, les Haïtiens ont continué à proposer un jeu direct et volontaire, avec une lucidité accrue par rapport à la première mi-temps. Affronter le Brésil exige une approche stratégique différente de celle adoptée face à des adversaires moins redoutables.

La performance plus modérée du Brésil en seconde période s’explique par une combinaison de facteurs : une baisse de régime de la Seleção et la stratégie défensive affûtée d’Haïti. L’absence de Raphinha, sorti sur blessure dès la 40e minute, a également pesé lourd, l’ailier ayant réalisé une saison exceptionnelle avec le FC Barcelone.

L’absence de Neymar, toujours convalescent, à Philadelphie, soulève des questions sur les choix d’Ancelotti, notamment la non-sélection de joueurs comme João Pedro, qui brille à Chelsea cette saison.

Cependant, le premier sélectionneur étranger de l’histoire brésilienne a probablement évité une controverse majeure en ne se passant pas de Neymar, 34 ans, dont l’absence aurait pu être perçue comme un affront par une partie de la presse et des supporters, malgré une décennie de blessures récurrentes.

Après un match difficile contre le Maroc, le Brésil pourrait regretter de ne pas avoir capitalisé davantage sur ses occasions pour améliorer son différentiel de buts avant la dernière rencontre de groupe, notamment en ne convertissant pas certaines erreurs défensives haïtiennes et les approximations du gardien Johny Placide.

De leur côté, les Haïtiens ont réussi à se procurer quelques opportunités, à l’image d’un une-deux entre Martin Expérience et Pierrot qui a abouti à leur premier corner. Ils ont même frôlé le but sur un deuxième corner après l’heure de jeu, mais le gardien brésilien Alisson s’est montré vigilant.

Haïti a malheureusement été la première nation à être éliminée de cette compétition. Leur véritable chance de succès résidait dans le match contre l’Écosse, où ils ont offert une résistance admirable avant de s’incliner 1-0. Malgré cette élimination précoce lors de leur deuxième participation au Mondial, face à la nation la plus titrée de l’histoire, les Grenadiers n’ont aucune raison de rougir de leur parcours.

Ils affronteront désormais le redoutable Maroc, demi-finaliste du Mondial 2022, dans un match pour l’honneur qui sera sans doute suivi avec ferveur par les diasporas respectives.

En revisitant leur histoire en Coupe du monde, Haïti avait déjà connu des défaites en phase de groupes en 1974 contre l’Italie (3-1), la Pologne (7-0) et l’Argentine (4-1), avec Emmanuel Sanon comme unique buteur des Grenadiers. L’espoir demeure qu’un nouveau joueur haïtien puisse inscrire son nom au tableau des buteurs mercredi.

Pour les quintuples champions du monde brésiliens, éliminés en quarts de finale en 2022 par la Croatie, la quête d’un nouveau titre dure depuis 2002, l’ère des légendaires Ronaldo, Rivaldo et Ronaldinho. Cette période représente leur plus longue disette depuis le règne de Pelé dans les années 70. La question persiste : le Brésil est-il prêt à retrouver la victoire avec le panache attendu ?