7 août 2026

Afrique Horizon

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Au Niger, la junte face au défi impossible du terrorisme sans fin

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Le Niger deux ans après le coup d’État : quand la sécurité reste une illusion

Le 26 juillet 2023, le général Abdourahamane Tiani justifiait son intervention militaire par une urgence absolue : restaurer la sécurité au Niger, menacée par l’avancée des groupes armés. Deux ans plus tard, force est de constater que la promesse d’un tournant sécuritaire s’est heurtée à une réalité bien plus tenace. Loin de s’éteindre avec le changement de régime, la menace jihadiste persiste, révélant les limites d’une approche centrée uniquement sur la souveraineté nationale.

Une déclaration jihadiste qui percute le discours officiel

La diffusion récente d’une vidéo par le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), branche sahélienne d’Al-Qaïda, a marqué un tournant dans le dialogue de sourds entre Niamey et les groupes armés. Le porte-parole du JNIM, le cheikh Albani Al-Ansari, a directement réagi aux déclarations du général Tiani, en exposant sans ambiguïté l’objectif ultime des insurgés : l’abolition de l’État républicain au profit d’un ordre politico-religieux fondé sur la Charia. Son message est sans appel : « Tant que vous maintiendrez la Constitution, la guerre continuera. »

Cette prise de position éclaire un paradoxe majeur. La junte nigérienne a construit sa légitimité sur la dénonciation de l’influence occidentale et le rejet des partenariats militaires traditionnels. Pourtant, cette posture, bien que populaire dans certains cercles, ne répond en rien aux aspirations des groupes jihadistes, dont la lutte ne vise pas un pays ou un dirigeant précis, mais l’existence même de l’État moderne.

La souveraineté ne suffit pas à contrer l’idéologie jihadiste

Le général Tiani a misé sur une gouvernance militaire pour centraliser les décisions et renforcer l’efficacité des forces de sécurité. Cependant, malgré les restructurations internes et le départ des troupes françaises, les attaques persistent dans plusieurs régions. Les groupes armés démontrent une résilience remarquable, exploitant les faiblesses structurelles du pays : zones sous-administrées, tensions intercommunautaires et contraintes logistiques persistantes.

Cette situation révèle une vérité cruelle : la souveraineté, aussi affirmée soit-elle, ne garantit ni la stabilité ni la sécurité. Les jihadistes, eux, poursuivent une stratégie bien plus vaste. Leur objectif n’est pas de négocier avec un gouvernement, mais d’imposer un modèle alternatif à l’ensemble de la société nigérienne.

Un bilan économique et diplomatique lourd de conséquences

Le coup d’État a entraîné une série de sanctions régionales, fragilisant les finances de l’État. Les partenariats traditionnels se sont distendus, réduisant les flux d’investissement et les aides au développement. Même si certaines restrictions ont été levées avec le temps, leurs effets continuent de peser sur les capacités de l’État à financer sa lutte antiterroriste.

Le rapprochement avec de nouveaux alliés, comme la Russie ou les membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), a renforcé le discours souverainiste de la junte. Pourtant, ces alliances n’ont pas permis d’obtenir les résultats escomptés. Les populations des zones les plus exposées subissent toujours les violences, les déplacements forcés et la fermeture des services essentiels, tels que les écoles et les centres médicaux.

Quand l’islam devient un argument à double tranchant

Pour justifier sa légitimité face aux groupes jihadistes, la junte a multiplié les références à l’islam dans sa communication politique. Une stratégie risquée, car le JNIM a retourné cet argument contre elle. Pour les insurgés, la simple invocation de valeurs religieuses ne suffit pas : seule l’application intégrale de la Charia est acceptable. Toute autre position fait du régime une cible prioritaire.

Le général Tiani se retrouve ainsi pris au piège. Accepter les exigences des jihadistes reviendrait à renier les fondements mêmes de la République nigérienne. Les rejeter, en revanche, implique de poursuivre une guerre longue, coûteuse et incertaine, sans garantie de victoire.

Une leçon pour le Sahel : l’État doit reprendre l’initiative

Cette impasse révèle une vérité plus large pour l’ensemble de la région. La lutte contre le terrorisme ne peut se limiter à des postures géopolitiques ou à des changements de régime. Elle exige des institutions solides, une présence étatique effective sur l’ensemble du territoire, une coopération régionale renforcée et une stratégie globale intégrant les dimensions sociales et économiques.

Les groupes jihadistes exploitent les failles de l’État. Tant que ces lacunes ne seront pas comblées, le Niger – et le Sahel dans son ensemble – resteront exposés à une menace dont l’issue semble chaque jour plus incertaine. Le général Tiani a peut-être renversé un gouvernement, mais il découvre aujourd’hui que transformer une dynamique de conflit enracinée depuis plus d’une décennie relève du défi impossible.