23 juillet 2026

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Arrestation de l’imam Kindo au Burkina Faso : ce que l’on sait

Une interpellation qui secoue le Burkina Faso. Mohamad Ishaq Kindo, figure marquante de l’islam sunnite et président des Oulémas du pays, a été arrêté mardi 26 mai à Ouagadougou par des forces de sécurité. Son arrestation survient deux jours après ses prises de position publiques contre le projet de loi encadrant les libertés religieuses, adopté le 19 mars par les autorités.

Mohamad Ishaq Kindo

Une arrestation sous haute tension

Selon un proche de l’imam, l’interpellation a eu lieu vers 14 heures, la veille de l’Aïd al-Kébir, par des agents de sécurité dont des policiers et des militaires encagoulés. L’opération a provoqué une vive réaction des fidèles présents, entraînant des heurts et des blessés parmi les manifestants.

Dans un communiqué publié quelques heures plus tard, la Fédération des associations islamiques du Burkina Faso (FAIB) a dénoncé l’absence de motifs officiels à cette arrestation et demandé des éclaircissements aux autorités compétentes.

Un discours controversé

Deux jours avant son arrestation, un enregistrement d’un enseignement de l’imam Kindo circulait massivement sur les réseaux sociaux. Il y critiquait ouvertement le projet de loi sur les libertés religieuses, l’accusant de restreindre les droits des croyants. « Que chacun se méfie et s’abstienne de vouloir interdire les prières dans les lieux publics. Que tu sois chef ou homme fort, tu n’as ni la force ni la puissance de Dieu », avait-il notamment déclaré.

Mobilisation et réactions

Dès l’annonce de l’arrestation, des centaines de fidèles se sont rassemblés à Ouagadougou pour exiger la libération de leur guide spirituel. La manifestation, dispersée par l’usage de gaz lacrymogènes selon un témoin, a illustré la profonde indignation au sein de la communauté musulmane.

La FAIB a appelé au calme et à la sérénité, tandis que les autorités n’ont pas encore réagi officiellement sur le sort réservé à l’imam Kindo. Le président burkinabè, Ibrahim Traoré, a marqué la fête de Tabaski en rendant hommage aux forces de sécurité engagées contre le terrorisme, sans évoquer directement cette affaire.

Ibrahim Traoré

Le projet de loi sur les libertés religieuses

Adopté en conseil des ministres le 19 mars, ce texte vise à encadrer les pratiques religieuses pour limiter les dérives constatées sur les réseaux sociaux. Il interdit notamment l’érection de lieux de culte dans les services publics, à l’exception des établissements sanitaires et pénitentiaires.

Mariem Sanogo, directrice des Affaires religieuses, coutumières et traditionnelles, a expliqué que cette révision répondait à l’augmentation du radicalisme et des discours de haine en ligne. L’objectif affiché est de renforcer la cohésion nationale tout en garantissant la liberté de culte dans le respect des croyances de chacun.

Depuis le coup d’État d’Ibrahim Traoré en 2022, plusieurs personnalités critiques du régime ont disparu. Les autorités justifient cette politique répressive par la nécessité de lutter contre les groupes jihadistes qui menacent une grande partie du territoire.