23 juillet 2026

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Arrestation controversée de l’imam Kindo au Burkina Faso

L’arrestation de l’imam Kindo secoue le Burkina Faso

Mohamad Ishaq Kindo

Crédit photo, Capture écran YouTube

L’interpellation de Mohamad Ishaq Kindo, figure religieuse majeure du Burkina Faso, a créé une onde de choc dans le pays. L’imam sunnite, président des Oulémas du pays et président de la Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB), a été arrêté mardi 26 mai à Ouagadougou par des forces de sécurité encagoulées, selon des témoins. Une opération musclée qui s’est déroulée en pleine préparation de l’Aïd El-Kébir, une fête musulmane majeure.

Une interpellation contestée

Un proche de l’imam a témoigné sous couvert d’anonymat : « Les forces de sécurité, mêlant policiers et militaires, sont intervenues vers 14h. L’opération a dégénéré lorsque les fidèles présents ont tenté de s’interposer, entraînant des heurts et des blessés parmi les manifestants ». La FAIB, dont fait partie Kindo, a immédiatement dénoncé une arrestation « sans motif officiel clair » et sollicité des éclaircissements auprès des autorités.

Cette interpellation survient deux jours après la diffusion d’un enregistrement dans lequel l’imam critiquait vivement le projet de loi sur les libertés religieuses, adopté en mars dernier. Dans cet enseignement largement partagé sur les réseaux sociaux, il mettait en garde : « Que chacun se méfie de vouloir interdire les prières dans les lieux publics. Ni les chefs ni les puissants n’ont la force de Dieu ».

Réactions et tensions communautaires

Quelques heures seulement après l’arrestation, des centaines de fidèles se sont rassemblés dans la capitale pour réclamer la libération de leur guide spirituel. La manifestation, rapidement dispersée par les forces de l’ordre à l’aide de gaz lacrymogènes, a illustré la colère de la communauté musulmane. La FAIB a appelé au calme, insistant sur la nécessité de « sérénité et de retenue » face à cette situation.

Le climat reste tendu alors que le pays célèbre l’Eid El-Kébir, aussi connue localement sous le nom de Tabaski. Aucune déclaration officielle n’a encore été formulée concernant le sort réservé à l’imam Kindo, dont le cas suscite des interrogations au sein de la population.

Silence des autorités et contexte politique

Ibrahim Traoré

Crédit photo, Reuters

Le président Ibrahim Traoré, en poste depuis près de quatre ans après un coup d’État, a profité de la Tabaski pour s’exprimer sur les réseaux sociaux. Il a salué le travail des forces armées engagées contre le terrorisme, tout en mettant en garde : « Quiconque tente de saper la stabilité nationale ou décourager les combattants devra assumer les conséquences de ses actes ». Aucune mention n’a été faite de l’imam Kindo.

Le projet de loi sur les libertés religieuses au cœur du débat

Le texte, adopté en conseil des ministres le 19 mars 2026, vise à encadrer les pratiques religieuses pour limiter les dérives observées sur les réseaux sociaux, notamment le radicalisme et les discours de haine. Mariem Sanogo, directrice générale des Affaires religieuses, coutumières et traditionnelles, a expliqué que cette révision répondait à l’extrémisme violent croissant dans le pays.

Parmi les mesures phares : l’interdiction d’ériger des lieux de culte dans les services publics, à l’exception des structures sanitaires, pénitentiaires et militaires. Une décision justifiée par l’impossibilité logistique et financière d’offrir des espaces de prière adaptés à toutes les confessions. Les autorités rappellent que la prière dans l’espace public reste autorisée, sous réserve du respect des croyances d’autrui.

Cette arrestation s’inscrit dans un contexte de tensions politiques accrues depuis l’arrivée au pouvoir des militaires. Plusieurs figures critiques du régime ont disparu ces dernières années, tandis que les autorités justifient leur politique sécuritaire par la lutte contre les groupes jihadistes actifs dans une grande partie du territoire.