23 juillet 2026

Afrique Horizon

Prospective et actualités africaines : économie, diplomatie, développement et souveraineté du continent.

Abidjan mise sur les minéraux critiques pour transformer l’afrique

À Abidjan, les nations africaines productrices de minéraux critiques et leurs alliés internationaux ont scellé un accord historique pour faire de ces ressources un pilier du développement économique, industriel et social du continent. L’enjeu ? Maximiser les retombées locales de ces trésors souterrains, tout en structurant des chaînes de valeur régionales capables de répondre à la demande mondiale en forte hausse.

Une conférence ministérielle, tenue à Abidjan, a réuni des décideurs clés : ministres africains en charge des Mines, de l’Énergie, de l’Industrie et des Ressources naturelles, représentants de la Commission de l’Union africaine, du secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), d’institutions onusiennes, de banques régionales et d’investisseurs internationaux.

Abidjan, capitale d’un nouveau pacte minier pour l’afrique

L’ambition est claire : permettre au continent de capitaliser pleinement sur ses réserves de minéraux critiques, estimées à près de 29 500 milliards de dollars, et les utiliser comme levier d’un développement durable et inclusif. Cette rencontre vise à redéfinir la place de l’Afrique dans l’économie mondiale des ressources stratégiques, en brisant les schémas traditionnels d’exportation brute.

«un tournant décisif» pour l’exploitation minière africaine

En ouverture des travaux, le président de la Banque africaine de développement (BAD), Sidi Ould Tah, a insisté sur la nécessité d’une refonte profonde de la gestion des ressources naturelles africaines. « Nous devons opérer un changement de paradigme pour établir un partenariat gagnant-gagnant, où l’Afrique tire pleinement profit de ses richesses au bénéfice de ses populations », a-t-il déclaré.

Selon lui, la priorité absolue est la transformation locale des matières premières pour générer une valeur ajoutée maximale sur le continent. Il a également souligné l’urgence de réformer le financement du développement, évoquant un potentiel inexploité de plus de 100 institutions africaines, dont le bilan cumulé ne représente qu’1 % du total mondial.

« Il est essentiel de consolider ces structures financières et de les recapitaliser pour soutenir une industrialisation résiliente et des infrastructures adaptées », a-t-il ajouté.

la Côte d’Ivoire, fer de lance de la valorisation minière africaine

Le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, a mis en avant la nécessité d’une solidarité continentale renforcée pour transformer ces ressources en richesses durables. « Aucun pays ne peut y parvenir seul. Nous devons collaborer pour bâtir des chaînes de valeur régionales intégrées », a-t-il affirmé.

Le ministre a révélé que près des trois quarts du territoire ivoirien recèlent des minéraux critiques, un atout majeur pour concrétiser la vision du président Alassane Ouattara : faire de la Côte d’Ivoire une nation à revenu intermédiaire supérieur d’ici 2030.

Pour y parvenir, Abidjan mise sur une stratégie minière et énergétique ambitieuse pour 2026-2040, dotée d’un budget de 38 000 milliards de francs CFA, dont 88 % financés par le secteur privé.

un potentiel colossal face à une demande mondiale en explosion

L’Afrique abrite environ 30 % des réserves mondiales des minéraux stratégiques pour la transition énergétique : cobalt, lithium, graphite, terres rares, cuivre, manganèse et nickel. Ces ressources, évaluées à 29 500 milliards de dollars, représentent près de 20 % des réserves globales, avec 8 600 milliards de dollars encore inexploités.

Parallèlement, la demande mondiale devrait exploser d’ici 2040 : +1 000 % pour les métaux du groupe du platine, +842 % pour le lithium et +88 % pour le cuivre, selon les projections de 2023.

l’occasion de rompre avec l’exportation brute des matières premières

Cette dynamique s’inscrit dans un contexte de mutation industrielle mondiale, où la transition énergétique redéfinit les enjeux économiques. La filière des véhicules électriques et des batteries pourrait, à elle seule, voir sa valeur passer de 7 000 milliards de dollars en 2030 à 59 000 milliards en 2050.

Face à cette opportunité historique, les dirigeants africains réunis à Abidjan ont réaffirmé leur volonté de passer d’un modèle d’exportation de matières premières brutes à une économie industrialisée, créatrice d’emplois et de prospérité durable.