- L’armée malienne et ses alliés du groupe Wagner, soutenus par la Russie, sont accusés d’avoir perpétré des dizaines d’exécutions sommaires et de disparitions forcées de civils peuls depuis janvier 2025.
- Ces exactions seraient justifiées par des accusations de collaboration avec des groupes armés islamistes, notamment le GSIM, ciblant les populations peules.
- L’Union africaine est appelée à intensifier ses actions pour protéger les civils et faire pression sur les autorités maliennes afin qu’elles enquêtent et jugent les responsables.
Depuis le début de l’année 2025, l’armée malienne et son allié controversé, le groupe Wagner, bénéficiaire du soutien russe, auraient commis des exécutions sommaires et des disparitions forcées à l’encontre de dizaines d’hommes issus de l’ethnie peule. Ces actes, documentés par des organisations de défense des droits humains, s’inscrivent dans un contexte de contre-insurrection contre des groupes armés islamistes, dont le GSIM (lié à Al-Qaïda), actif dans plusieurs régions du pays.
Parmi les 12 exécutions avérées et les 81 disparitions recensées depuis janvier, des témoignages accablants révèlent des méthodes brutales : rassemblements forcés, exécutions ciblées, et détentions secrètes. Les soldats maliens et les mercenaires de Wagner sont notamment accusés d’avoir « torturé et tué des civils peuls sous prétexte de liens présumés avec des groupes djihadistes », selon les déclarations d’Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel pour Human Rights Watch.
Des accusations de viols des droits humains généralisés
Les forces maliennes et les combattants de Wagner opèrent conjointement depuis plus de trois ans dans des zones sous contrôle du GSIM. Leurs méthodes incluent des battues sauvages, des exécutions extrajudiciaires, et des détentions arbitraires. Un rapport de l’ONU a confirmé l’« indignation face à l’exécution présumée de plusieurs dizaines de personnes » à Sebabougou, où 65 éleveurs peuls auraient été exécutés en avril 2025.
Les témoignages recueillis par Human Rights Watch et corroborés par des images satellite révèlent des scènes d’horreur : corps retrouvés avec les mains liées, yeux bandés, et des maisons brûlées. À Kobou (région de Douentza), des soldats ont tué trois hommes peuls, dont deux âgés, avant d’incendier une trentaine de maisons. À Farana (région de Tombouctou), quatre Peuls ont été battus à mort près d’une rivière, laissant une mare de sang et des preuves de torture.
Une communauté peule prise en étau
Les Peuls, ethnie historiquement ciblée par les groupes armés islamistes pour le recrutement, sont désormais victimes de représailles de la part des forces de sécurité. Les autorités maliennes, accusées de faire l’amalgame entre cette communauté et les djihadistes, exposent les civils à un danger accru. Comme l’a souligné un témoin : « Si vous ne fuyez pas, les djihadistes vous tueront en vous accusant d’aider l’armée. Si vous restez, les soldats vous abattront en vous traitant de terroristes. Personne ne nous épargne. »
Appels à l’action internationale
Face à l’ampleur des crimes de guerre documentés, l’Union africaine est appelée à renforcer ses efforts pour protéger les populations civiles. L’organisation est invitée à soutenir les enquêtes indépendantes, à faire pression pour des poursuites équitables, et à exiger la libération des détenus. La situation est d’autant plus critique que le Mali s’est retiré de la CEDEAO en janvier 2025, privant les victimes de recours juridiques régionaux.
La Cour pénale internationale (CPI), qui mène une enquête sur les crimes présumés au Mali depuis 2012, pourrait être saisie si les autorités locales ne réagissent pas. « Les hauts responsables maliens et russes doivent savoir qu’ils pourraient être tenus pour responsables des actes de leurs soldats et mercenaires », a averti Ilaria Allegrozzi. « Que l’Union africaine intervienne ou que la CPI prenne le relais, une chose est sûre : les auteurs de ces atrocités pourraient un jour répondre de leurs actes. »
Contexte et implications régionales
Depuis 2012, le Mali est en proie à une insurrection jihadiste qui a causé la mort de milliers de civils et déplacé plus de 350 000 personnes. La junte au pouvoir, arrivée au pouvoir par un coup d’État en 2021, s’est tournée vers le groupe Wagner pour renforcer ses opérations militaires. Malgré les dénégations initiales des autorités maliennes, des preuves tangibles (dont des déclarations russes) confirment la présence de mercenaires russes sur le territoire.
Le retrait récent de Wagner, remplacé par l’Africa Corps (une autre entité paramilitaire russe), coïncide avec une recrudescence des attaques jihadistes et séparatistes, laissant craindre une escalade de la violence. Les civils, en particulier les Peuls, restent les premières victimes de ce conflit.
Violations du droit international
Toutes les parties au conflit sont tenues de respecter le droit international humanitaire, notamment l’article 3 commun aux Conventions de Genève, qui interdit les meurtres, la torture et les traitements inhumains. Les disparitions forcées, comme celles documentées à Sebabougou ou Kourma, violent également la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, ratifiée par le Mali.
Les familles des victimes réclament justice. À Belidanédji, six civils peuls ont été exécutés sommairement le 30 mars, tandis qu’à Sikere, quatre hommes ont été abattus en mai après avoir été accusés de collaborer avec le GSIM. Leurs proches, toujours sans nouvelles des disparus, attendent des réponses que ni l’armée malienne ni les autorités russes ne semblent vouloir fournir.
Pour aller plus loin : Les associations de défense des droits humains appellent à une mobilisation internationale pour mettre fin à l’impunité au Mali et protéger les populations civiles.
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