23 avril 2026

Tragédie au Burkina Faso : plus de 100 civils tués dans une attaque yihadiste à barsalogho

Une tragédie humanitaire a frappé la localité de Barsalogho, située dans la région Centre-Nord du Burkina Faso, ce samedi, où plus d’une centaine d’individus, majoritairement des civils, ont été lâchement assassinés. Ces victimes étaient engagées dans une tâche vitale : creuser des fossés défensifs autour de leur commune pour se prémunir des incursions terroristes. Des assaillants, arrivés à moto, ont ouvert le feu sans discernement sur la population sans défense. Quelques heures plus tard, le Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (JNIM), une entité terroriste affiliée à Al-Qaïda, a revendiqué cette attaque d’une brutalité inouïe. Il est à noter que ces civils avaient été contraints à cette tâche par le Capitaine Ibrahim Traoré, leader de la junte militaire au pouvoir depuis 2022.

Bien que le décompte précis des victimes reste incertain, cette attaque se positionne comme l’une des plus sanglantes perpétrées contre des civils au Burkina Faso ces dernières années. Des informations convergentes, relayées notamment par Europa Press, estiment le nombre de décès entre 100 et 200, auxquels s’ajoutent 140 blessés. Ces derniers ont été évacués vers l’hôpital de Kaya, distant d’environ 45 kilomètres, ainsi que vers d’autres structures médicales de la région. Parmi les défunts figurent de nombreux membres des Volontaires de Défense de la Patrie (VDP), une force civile instituée par le gouvernement burkinabè pour appuyer les forces armées dans leur combat contre le terrorisme. Les assaillants ont également réussi à s’emparer d’armes et d’une ambulance militaire lors de cette incursion.

La région Centre-Nord, où s’est déroulée cette tragédie, est malheureusement devenue un épicentre des activités terroristes. Elle est régulièrement le théâtre d’embuscades, d’attaques directes et de l’emploi d’engins explosifs par la branche locale du JNIM, reconnu comme le groupe yihadiste le plus actif et virulent du Sahel central. Paradoxalement, cette zone accueille également des dizaines de milliers de personnes déplacées internes, fuyant la violence croissante qui sévit plus au nord du pays, dans la région du Sahel. Barsalogho, le lieu de l’atrocité, est situé à 145 kilomètres de la capitale, Ouagadougou.

Depuis qu’il a pris les rênes du pouvoir en septembre 2022 à la suite d’un coup d’État, le Capitaine Traoré a érigé la lutte contre le yihadisme et la reconquête de l’intégralité du territoire national en priorité absolue. Il affirmait récemment consacrer « 80% de [son] temps à la guerre ». Malgré l’arrivée d’une centaine d’instructeurs et de mercenaires russes, dont la mission principale semble être la protection rapprochée de Traoré, sa stratégie de « reconquête » repose davantage sur l’acquisition de matériel moderne, comme des drones de combat d’origine turque, et sur une mobilisation intensive de la population civile, notamment par le recrutement de volontaires. Il est également rapporté que des dizaines de civils, ayant exprimé des critiques envers la junte, ont été envoyés au front en guise de sanction.

Des volontaires civils face à un ennemi armé

Ces Volontaires de Défense de la Patrie (VDP), dont près de 30 000 sont déployés en première ligne, bénéficient d’une formation militaire rudimentaire. Cependant, un problème majeur persiste : beaucoup d’entre eux manquent cruellement d’armement ou de munitions pour rivaliser avec la puissance de feu des groupes terroristes. Cette vulnérabilité les a malheureusement transformés en cibles privilégiées pour les radicaux, comme en témoigne la récente attaque à Barsalogho. Le Projet de Données sur les Événements et l’Emplacement des Conflits Armés (Acled) rapporte qu’environ 5 000 volontaires ont perdu la vie lors de diverses attaques depuis la création des VDP en 2019. Malgré un engagement patriotique indéniable, une source burkinabè proche des VDP révèle une montée du mécontentement au sein de leurs rangs, alors qu’ils perçoivent une prime mensuelle d’environ 120 euros pour leur service.

Depuis 2015, le Burkina Faso est plongé dans une insurrection yihadiste dévastatrice, affectant particulièrement le nord, l’est et l’ouest du pays. Ce conflit a engendré des milliers de victimes et a contraint plus de deux millions d’habitants à devenir des déplacés internes. Les estimations suggèrent que plus de la moitié du territoire burkinabè échappe désormais au contrôle de l’État. Dans de vastes zones rurales, la présence des forces de défense se limite aux axes routiers majeurs et aux agglomérations principales. Les assauts yihadistes ciblant militaires et civils, y compris les volontaires et leurs familles, sont incessants. Cependant, il est important de noter que l’armée nationale et les VDP sont également impliqués dans des actes de violence. En avril dernier, Human Rights Watch a publiquement accusé les Forces Armées burkinabè et leurs auxiliaires civils d’être responsables de la mort de 223 personnes, dont 56 enfants, lors d’un massacre perpétré dans deux villages du nord. Des allégations que le gouvernement burkinabè a fermement démenties.