14 mai 2026

Tentative de coup d’état déjouée au Bénin : l’avenir politique après Patrice Talon

Vue générale de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), à Porto-Novo, le 10 décembre 2021.

L’arrestation de trois personnalités influentes du régime béninois, suspectées d’avoir fomenté une tentative de coup d’état au Bénin, a brusquement propulsé la question de la succession de Patrice Talon au sommet de l’agenda politique. Alors que le second mandat du chef de l’État doit s’achever en 2026, ce coup de tonnerre judiciaire fragilise les certitudes sur la transition à venir.

Des accusations de déstabilisation institutionnelle

Le procureur de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) a révélé que Djimon Dieudonné Tévoédjrè, commandant de la Garde républicaine, l’ancien ministre Oswald Homéky et l’homme d’affaires Olivier Boko ont été interpellés en début de semaine. La justice les soupçonne d’avoir coordonné un projet visant à renverser l’ordre établi dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. Si le commandant de la Garde républicaine aurait été remis en liberté depuis, les charges pesant sur ses complices présumés restent lourdes.

Selon les autorités judiciaires, un compte bancaire aurait été ouvert au sein de l’institution NSIA Côte d’Ivoire au nom du chef de la Garde républicaine pour financer cette opération de force. Toutefois, la banque NSIA Côte d’Ivoire a formellement démenti l’existence d’un tel compte dans ses registres.

Une vue du quartier de Tokpa à Cotonou, au Bénin, 4 mars 2016.

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Olivier Boko et les ambitions présidentielles pour 2026

Au cœur de cette affaire se trouve Olivier Boko, 60 ans, figure de l’ombre et ami de longue date de Patrice Talon. Bien qu’il n’ait jamais occupé de poste officiel, il était considéré comme le collaborateur le plus proche du président. Son récent affichage d’ambitions politiques pour la magistrature suprême en 2026, soutenu par Oswald Homéky, semble avoir créé des frictions au sein du sommet de l’État. Patrice Talon, au pouvoir depuis 2016, ne peut légalement pas briguer un troisième mandat selon les dispositions constitutionnelles actuelles.

Un climat politique sous haute tension

Pour les analystes, cet épisode marque un tournant décisif vers les élections générales de 2026. La mise en cause d’un candidat potentiel comme Olivier Boko modifie radicalement la configuration de la course à la succession. Ce contexte est d’autant plus sensible que la sous-région a été marquée par une série de coups d’État militaires, notamment au Mali, au Burkina Faso et au Niger.

Au sein de la classe politique, les réactions divergent. Les soutiens de Patrice Talon, à l’instar de Gilles Gohy de l’Union progressiste le Renouveau, appellent à la sérénité et à la confiance envers l’institution judiciaire. À l’inverse, des voix de l’opposition en exil, comme celle de Valentin Djenontin, voient dans ces arrestations une manœuvre pour consolider le contrôle du président sur le calendrier électoral.

Les formations politiques, dont la FCBE et le Bloc Républicain, ont fermement condamné toute tentative de prise de pouvoir non démocratique. De son côté, le mouvement de soutien Objectif Bénin 2026 (OB26) dénonce un harcèlement politique visant à écarter un rival sérieux, illustrant selon eux le virage autoritaire dénoncé par les détracteurs du régime en place au Bénin.