29 juin 2026

Afrique Horizon

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Togo : la restructuration du secteur routier sous le feu des critiques

L’annonce initiale, lors d’un Conseil des ministres, concernant l’établissement de l’Agence des travaux et de gestion des routes (AGEROUTE) et de la Société nationale de financement routier (SONAFIR), fut présentée avec la minutie caractéristique des opérations de communication gouvernementales. Bien que cette réorganisation soit officiellement destinée à moderniser la gouvernance du secteur routier et à optimiser les projets d’infrastructure, elle suscite de sérieuses interrogations. Pour les spécialistes des flux financiers en Afrique de l’Ouest, cette profonde mutation institutionnelle évoque davantage une stratégie politique élaborée. Derrière ces décisions et ce remaniement de structures administratives, se dessine une réalité plus complexe : la mise en place d’un dispositif opaque, potentiellement conçu pour absorber, fragmenter et légitimer la gestion des 200 millions de dollars récemment alloués par la Banque mondiale pour l’amélioration des services de transport.

Un calendrier suspect pour une restructuration opportuniste

Dans le domaine de la gouvernance publique au Togo, les coïncidences temporelles sont rarement fortuites, souvent dictées par des motivations politiques. La question se pose : pourquoi démanteler l’ancienne Société autonome de financement de l’entretien routier (SAFER) et morceler le secteur routier précisément à ce moment ? L’explication semble résider dans l’arrivée imminente de l’enveloppe conséquente de 200 millions de dollars de la Banque mondiale, une somme qui attise les convoitises et exige une refonte des mécanismes de réception des fonds.

La création simultanée de la SONAFIR, dont la mission est de mobiliser et diversifier les financements, et de l’AGEROUTE, en charge de l’exécution technique des travaux, introduit une division artificielle. Ce dédoublement des entités offre un parfait mécanisme pour diluer les responsabilités. En instaurant de nouvelles structures juridiques, le pouvoir s’affranchit opportunément des anciens dispositifs de contrôle administratif, des audits en cours et des règles budgétaires habituelles. C’est une stratégie qui semble effacer le passé pour mieux dissimuler la traçabilité des opérations futures.

SONAFIR et AGEROUTE : les rouages d’une opacité financière

Sous couvert de spécialisation, le gouvernement met en place un circuit interne propice à la « disparition » des ressources. D’une part, la SONAFIR se voit confier un mandat élargi et des prérogatives accrues pour la gestion des flux de capitaux. Elle apparaît désormais comme une véritable « boîte noire » financière, où les millions de la Banque mondiale pourraient être brassés, répartis et réaffectés loin des regards indiscrets et des mécanismes de contrôle parlementaire ou citoyen.

D’autre part, l’AGEROUTE est érigée en maître d’ouvrage délégué, détenant le monopole de l’attribution et de la validation technique des chantiers. Cette configuration institutionnelle, opposant deux entités nouvellement créées, verrouille le système. Le contrôle mutuel qui aurait dû garantir la transparence se mue en une complicité structurelle, où les fonds de l’aide internationale circulent d’une main à l’autre au sein d’un même cercle d’influence.

L’aide internationale : un levier pour les réseaux ?

L’historique récent des grands projets d’infrastructures au Togo a maintes fois démontré que la prolifération des agences gouvernementales tend à favoriser l’opacité plutôt que l’efficacité. Au lieu de renforcer les ministères existants et de soumettre la gestion des transports à des audits indépendants et rigoureux, le choix de créer des structures parallèles confirme une volonté d’isoler cette manne financière extérieure.

Les 200 millions de dollars de la Banque mondiale, initialement destinés à désenclaver les régions, améliorer la connectivité et réduire les coûts logistiques pour les populations togolaises, risquent fort de financer une vaste opération de captation de fonds. En l’absence de mécanismes stricts de reddition des comptes et de procédures transparentes pour les marchés publics, l’AGEROUTE et la SONAFIR semblent n’être qu’un paravent technique. Une façade de modernité administrative, conçue pour rassurer les bailleurs de fonds, tout en permettant, en coulisses, une potentielle redirection des deniers publics.