8 juin 2026

Afrique Horizon

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Tchad : vers une concentration excessive du pouvoir et ses conséquences

Un pouvoir présidentiel renforcé et controversé

En 2025, le président Mahamat Idriss Déby a renforcé son emprise sur le pouvoir après sa victoire à l’élection présidentielle de 2024, contestée par l’opposition en raison de nombreuses irrégularités. Les modifications constitutionnelles adoptées en 2025 ont supprimé les limites de mandat, prolongeant chaque période de cinq à sept ans. Ces changements permettent en pratique au dirigeant tchadien de rester au pouvoir indéfiniment, à condition d’organiser un scrutin tous les sept ans.

L’opposition politique évolue dans un contexte extrêmement restreint. Succès Masra, figure majeure de l’opposition ayant contesté le scrutin de 2024, a été arrêté puis condamné à vingt ans de prison. Des militants, des membres de son parti et des journalistes ont subi intimidations et détentions arbitraires.

Une loi d’amnistie, couvrant les exactions liées aux manifestations d’octobre 2022, a bloqué toute avancée sur le front de la justice depuis trois ans, empêchant toute discussion sur la responsabilité des auteurs de violences.

Le Tchad a également été confronté à des défis humanitaires majeurs en 2025. Les violences intercommunautaires dans le sud et l’est du pays, opposant éleveurs et agriculteurs, ont causé des dizaines de morts. Ces conflits, aggravés par les déplacements de populations fuyant le conflit au Soudan, ont pesé sur les ressources disponibles pour l’aide humanitaire. Les réfugiés soudanais ont continué d’affluer au Tchad, tandis que des inondations en fin 2024-début 2025 ont aggravé l’insécurité alimentaire dans la région.

Les réparations pour les victimes des exactions commises sous le régime de Hissène Habré ont peu progressé en 2025, malgré des versements partiels en 2024, bien en deçà des montants ordonnés par la justice.

Conflits fonciers et violences persistantes entre éleveurs et agriculteurs

Malgré les promesses des autorités concernant la résolution des causes profondes des conflits, comme l’absence de titres fonciers clairs ou d’itinéraires de transhumance, la situation s’est détériorée en 2025. Les affrontements entre éleveurs peuls nomades et agriculteurs locaux ont augmenté, en raison notamment de la pression démographique, de la réduction des terres arables et des changements climatiques.

En mai, dans le village de Mandakao (Logone-Occidental), des tensions liées à des litiges fonciers ont dégénéré en violences meurtrières. Selon les autorités, 41 personnes ont été tuées et six blessées lors de cet incident. Les médias ont révélé que les conflits découlaient d’une délimitation contestée des terres, les éleveurs accusant les agriculteurs d’empiéter sur leurs pâturages, et vice versa.

En juin, à Orégomel (Mayo-Kebbi Ouest), des différends similaires ont dégénéré en attaques à la machette, faisant au moins 17 morts, dont des femmes et des enfants, ainsi que plusieurs blessés. Dans la province du Ouaddaï (est du Tchad), des affrontements intertribaux ont causé une vingtaine de morts et seize blessés mi-juin.

Neutralisation de l’opposition et restrictions démocratiques

Le 16 mai 2025, Succès Masra, ancien Premier ministre et dirigeant du parti d’opposition Les Transformateurs, a été arrêté à N’Djamena sous prétexte de liens présumés avec les violences intercommunautaires de Mandakao. Il a été inculpé pour incitation à la haine, xénophobie et, via les réseaux sociaux, complicité de meurtre.

Son procès, mené en même temps que celui de dizaines d’autres accusés, a abouti le 9 août à une condamnation à vingt ans de prison et une amende d’un milliard de francs CFA (1,8 million de dollars). Ses coaccusés ont également écopé de peines similaires. Cette arrestation et ce procès expéditif, perçus comme une manœuvre politique, ont neutralisé l’opposition et réduit la dissidence au silence. Ils ont également violé l’accord de Kinshasa d’octobre 2023, qui suspendait un mandat d’arrêt contre Succès Masra et lui garantissait le droit de revenir d’exil pour exercer librement son activité politique.

Amendements constitutionnels : un tournant autoritaire

En septembre 2025, l’Assemblée nationale du Tchad a approuvé des amendements constitutionnels prolongeant le mandat présidentiel de cinq à sept ans et supprimant toute limite de mandat. Ce vote, boycotté par la majorité de l’opposition, a été adopté par 171 voix pour, une abstention et aucune voix contre. Ces réformes, validées par les deux chambres du Parlement et promulguées en octobre, ont concentré le pouvoir entre les mains de Mahamat Idriss Déby, affaiblissant considérablement les contre-pouvoirs et l’espace démocratique.

Violence politique, répression et atteintes aux libertés

En 2025, aucune enquête n’a été ouverte concernant les tirs de célébration ayant suivi la victoire de Mahamat Idriss Déby à l’élection de 2024, malgré les appels à identifier les responsables. Ces tirs avaient causé la mort d’au moins 11 personnes et blessé de nombreuses autres, dont des enfants. Peu de dédommagements ou de recours ont été proposés aux victimes.

Le décès de Yaya Dillo, dirigeant de l’opposition, lors d’un assaut des forces de sécurité contre le siège de son parti avant l’élection présidentielle, n’a fait l’objet d’aucune enquête en 2025. En décembre 2024, 24 proches de Yaya Dillo avaient été libérés, tandis que dix autres détenus de la prison de Koro Toro avaient été acquittés en juillet 2024.

En juin, Robert Gam, dirigeant du Parti socialiste sans frontières de Yaya Dillo, a été libéré après huit mois de détention sans inculpation. En septembre, le ministère de l’Administration du Territoire a retiré la nationalité tchadienne à Makaila Nguebla, ancien conseiller en droits humains, et à l’activiste Charfadine Galmaye Saleh, tous deux en exil.

En mars, les journalistes Olivier Monodji et Mahamat Saleh Alhissein ont été arrêtés et inculpés d’espionnage, de conspiration et d’atteinte à la sûreté de l’État pour leurs liens présumés avec le groupe Wagner. Leur détention prolongée sans procès a violé les normes internationales avant leur libération en juillet.

Droits LGBTQ+ : une législation répressive

L’article 354 du Code pénal tchadien de 2017 criminalise les relations homosexuelles, punissables jusqu’à deux ans d’emprisonnement et d’une amende comprise entre 50 000 et 500 000 francs CFA (75 à 750 dollars).