14 mai 2026

Crise des libertés au Niger : un bilan préoccupant pour les droits humains

Depuis le renversement du pouvoir par les militaires en juillet 2023, le Niger traverse une période de forte dégradation de la situation des droits fondamentaux. Tout au long de l’année 2025, le régime en place a intensifié la pression sur les figures de l’opposition, les voix dissidentes, les représentants syndicaux et les professionnels des médias. Les autorités maintiennent toujours en détention arbitraire l’ancien président Mohamed Bazoum et son épouse, ainsi que plusieurs membres de l’administration déchue, des journalistes et des défenseurs des droits humains.

Sur le plan sécuritaire, le Niger reste confronté à l’activisme de multiples factions armées islamistes. Parmi elles figurent l’État islamique au Sahel (EIS), le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou Jama’at Nusrat al-Islam wa al-Muslimeen), affilié à Al-Qaïda, ainsi que Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest (EIAO) dans les zones frontalières de l’ouest et du sud-est. Les affrontements dans la région de Tillabéri, à la jonction avec le Mali et le Burkina Faso, se sont durcis, exposant davantage les populations civiles aux violences.

En août, les autorités ont instauré une initiative de mobilisation citoyenne appelée « Garkuwar Kassa » ou « Boucliers de la Patrie ». Ce programme vise à recruter et former des civils pour épauler les forces régulières, une démarche qui suscite de vives inquiétudes quant à l’émergence de milices susceptibles de commettre des exactions.

Le général Abdourahamane Tiani, chef de la junte, a officiellement prêté serment en mars comme président de transition pour une durée de cinq ans, sans passer par un processus électoral. Cette étape a marqué un durcissement du régime, complété par la signature d’un décret interdisant le multipartisme sur l’ensemble du territoire national.

Sur la scène diplomatique, le Niger a acté son retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en janvier, aux côtés du Mali et du Burkina Faso. Cette rupture prive les citoyens nigériens de tout recours devant la Cour de justice de l’organisation. Par ailleurs, en septembre, ces trois nations ont manifesté leur volonté de quitter la Cour pénale internationale (CPI), une décision qui menace gravement l’accès à la justice pour les victimes de crimes de guerre.

Violences perpétrées par les factions armées islamistes

L’instabilité née dans le nord du Mali en 2012 s’est propagée au Niger et au Burkina Faso dès 2015, engendrant une décennie d’abus systématiques. En 2025, l’EIS a multiplié les offensives contre les civils dans la zone de Tillabéri, procédant à des exécutions sommaires et à des destructions de biens.

  • Le 21 mars, une attaque contre la mosquée de Fambita a coûté la vie à au moins 46 fidèles, dont trois mineurs. Les assaillants ont également incendié une vingtaine de maisons et pillé les ressources locales.
  • Le 13 mai, le hameau de Dani Fari a été pris pour cible, entraînant la mort de sept personnes et la destruction par le feu de douze habitations.
  • Le 21 juin, plus de 70 fidèles ont été massacrés dans le village de Manda lors de la prière matinale.
  • Le 20 juin, à Abarkaize, le chef du village a été exécuté. Quelques jours plus tard, cinq autres hommes ont été enlevés avant d’être retrouvés morts.
  • Le 23 juin, au moins six civils ont été assassinés dans la localité d’Ezzak.

Ces agressions sont souvent précédées de menaces liées au refus de payer la zakat ou à des accusations de collaboration avec les forces armées du Niger. Les rescapés déplorent une absence de réaction efficace de l’armée malgré les alertes répétées.

Musellement de l’opposition et des voix critiques

Le sort de Mohamed Bazoum et de sa femme reste préoccupant. Détenus au palais présidentiel de Niamey, ils sont privés de contact avec leurs proches et leurs conseils juridiques. Bien que le Groupe de travail des Nations Unies ait qualifié cette détention d’arbitraire, la junte a levé l’immunité de l’ex-président en vue d’un éventuel procès.

Parallèlement, des dizaines d’anciens hauts fonctionnaires et proches du président renversé ont été incarcérés sans respect des procédures légales. Si une cinquantaine de prisonniers ont été libérés en avril, d’autres figures restent sous les verrous, à l’image de Moussa Tiangari, un activiste renommé. Arrêté en décembre 2024, il est poursuivi pour « complot contre l’autorité de l’État » et risque la peine capitale. Ses demandes de mise en liberté ont été systématiquement rejetées par la justice de Niamey.

Atteintes à la liberté d’informer et d’association

Le paysage médiatique nigérien subit une pression constante. Les journalistes font face à des menaces et des arrestations, poussant beaucoup d’entre eux vers l’autocensure. En janvier, la chaîne Canal 3 TV a été suspendue temporairement après des critiques émises contre le gouvernement. En mai, trois reporters de Sahara FM à Agadez ont été interpellés pour avoir diffusé des informations sur la coopération militaire internationale ; ils demeurent en captivité.

Le secteur humanitaire n’est pas épargné, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) ayant reçu l’ordre de quitter le territoire en février 2025 sans motif officiel. Enfin, le gouvernement a dissous quatre syndicats de la magistrature en août, invoquant une dérive de leurs missions. Cette décision a provoqué une vague de protestations, incluant une grève générale du barreau du Niger pour défendre l’indépendance de la justice et les droits des travailleurs.