Benin Finance Minister and ruling coalition’s presidential candidate Romuald Wadagni speaks during his investiture ceremony at Parakou’s Municipal Stadium in Parakou, on October 4, 2025. (Photo by Yanick FOLLY / AFP)
Un scrutin historique et une légitimité incontestée
Romuald Wadagni a remporté l’élection présidentielle béninoise du 12 avril avec un score écrasant de 94,27 % des suffrages, face à Paul Hounkpè. Ce dernier, après avoir reconnu sa défaite, a appelé à l’unité nationale et au respect des valeurs républicaines. La Cour constitutionnelle a validé un taux de participation record de 63,57 %, en nette hausse comparé aux 50,17 % enregistrés lors du scrutin de 2021.
Cette élection consacre la cinquième alternance démocratique au Bénin depuis la Conférence nationale de 1990. Dans un contexte régional marqué par des crises politiques récurrentes, le respect strict des limites constitutionnelles par le président sortant, Patrice Talon, renforce la stabilité institutionnelle du pays.
Le déroulement du vote s’est globalement déroulé dans le calme, bien que des incidents isolés, comme des soupçons de bourrage d’urnes, aient été signalés. Des enquêtes sont en cours pour établir les responsabilités, mais la Commission électorale, la Cour constitutionnelle et les missions d’observation ont conclu que ces irrégularités n’ont pas compromis la crédibilité du processus. À l’échelle nationale, 34 596 voix ont été invalidées en raison d’anomalies.
Un héritage économique à transformer en progrès social
Ancien ministre des Finances pendant dix ans, Romuald Wadagni a joué un rôle clé dans la performance économique du Bénin sous les deux mandats de Patrice Talon. Sous sa direction, le taux de croissance annuel du PIB est passé de 1,8 % en 2015 à près de 8 % en 2025. Malgré cette dynamique, près de 40 % de la population béninoise vit toujours sous le seuil de pauvreté.
Le principal défi du nouveau président sera de convertir cette croissance économique en une réduction tangible de la pauvreté. Son programme pour 2026-2033 s’articule autour de trois axes majeurs : la promotion d’une croissance inclusive, la diversification de l’économie et le renforcement de la cohésion nationale et de la sécurité.
Un paysage politique marqué par des réformes restrictives
Les réformes constitutionnelles et institutionnelles récentes, notamment le code électoral révisé en mars 2024, ont profondément modifié les conditions de participation politique. L’introduction d’un quota de parrainage de 15 % des députés et/ou maires a restreint l’espace civique et politique, limitant notamment la présence de l’opposition lors de cette élection.
L’absence de la principale formation d’opposition, Les Démocrates, s’explique en partie par ces nouvelles règles. Le parti traverse d’ailleurs une crise interne majeure après le départ de l’ancien président Boni Yayi en mars 2026, entraînant plusieurs défections. Dans ce contexte, l’opposition pourrait rester absente du jeu électoral jusqu’en 2040 si les règles de parrainage ne sont pas révisées.
La Constitution de novembre 2025 prévoit un « pacte de responsabilité républicaine » entre le gouvernement et les partis politiques, sous l’égide du Sénat. Cette disposition, ainsi que la trêve politique controversée introduite par la révision constitutionnelle, doit servir de cadre de dialogue et non d’outil de neutralisation de l’opposition.
Sécurité et diplomatie : des priorités urgentes
Romuald Wadagni doit également relever le défi sécuritaire. Les attaques terroristes persistent dans le nord du pays, tandis que les relations avec certains voisins restent tendues. Bien que les liens avec le Nigeria se soient améliorés après son soutien face à la tentative de coup d’État de décembre, les rapports avec le Burkina Faso et le Niger restent fragiles.
Le nouveau président a adopté un discours conciliant envers ses voisins, soulignant que le Bénin ne peut faire face seul à des menaces sécuritaires multidimensionnelles. La reprise de la coopération régionale dépendra cependant de la volonté politique des autorités de Niamey et de Ouagadougou. Le vide sécuritaire créé par la rupture des partenariats régionaux ne profite qu’aux groupes terroristes, mettant en péril la stabilité des trois pays.
Un dialogue national pour restaurer la confiance
Pour réussir son mandat, Romuald Wadagni devra engager un dialogue national avec les forces vives du pays. Ce dialogue permettra d’évaluer les réformes contestées, d’en corriger les lacunes et de dégager des compromis pour garantir l’adhésion populaire tout en préservant la démocratie et l’État de droit.
La relation entre Wadagni et Talon constituera un facteur clé de la stabilité du Bénin. La création d’un Sénat doté de prérogatives étendues en novembre 2025 pourrait, si Talon en prend la tête, institutionnaliser une forme d’exécutif bicéphale et générer des tensions institutionnelles.
Enfin, l’opposition devra se réinventer pour jouer pleinement son rôle de contre-pouvoir et offrir une alternative crédible aux électeurs.
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