L’Assemblée nationale sénégalaise face à un tournant historique
Le Palais Bourbon dakarois s’apprête à vivre une journée décisive. Ce mardi, les députés du Sénégal doivent se réunir pour deux votes majeurs : la réintégration d’Ousmane Sonko en tant que député et l’élection d’un nouveau président de l’Assemblée nationale. Une séance sous haute tension, où les destins politiques s’entrechoquent.
Un scrutin sous le signe de la division
La Cité Keur Gorgui, bastion du Pastef-Les Patriotes, résonne encore des slogans de campagne. Nourdine Diallo, militant de longue date, incarne cette déception palpable : « Nous avons scandé ‘Diomaye est Sonko et Sonko est Diomaye’. Ce n’était pas un simple slogan, c’était une promesse. Une promesse trahie par le limogeage du Premier ministre. »
Cette décision présidentielle a jeté un froid entre les deux figures du pouvoir. Ousmane Sonko, lors de son passage à l’Assemblée nationale, n’avait pas hésité à critiquer ouvertement certaines orientations du chef de l’État. Désormais, la confrontation est institutionnelle. La séance parlementaire du jour devra trancher : Sonko retrouve-t-il son siège de député ?
Le perchoir convoité
Le départ d’El Hadj Malick Ndiaye, fidèle de Sonko et président démissionnaire de l’Assemblée, a précipité les événements. Son remplacement s’annonce comme un duel politique sans précédent. Ousmane Sonko, s’il est élu, deviendrait la deuxième personnalité de l’État, un poste stratégique dans l’équilibre des institutions.
Le politologue Malao Kanté analyse cette situation avec prudence : « Sonko incarne aujourd’hui une nouvelle opposition, mais cette opposition détient la majorité parlementaire. Cela comporte des risques : motion de censure, blocages institutionnels… Le Sénégal pourrait plonger dans une phase d’instabilité politique. »
L’opposition crie au coup de force
Adama Fall, cadre du Pastef, refuse de voir se répéter les erreurs du passé : « Entre Mamadou Dia et Senghor, entre Blaise Compaoré et Thomas Sankara, l’Histoire nous a montré les dangers de ces luttes fratricides. Mais nous ne sommes plus dans les années 1960. Notre génération saura transformer cette crise en opportunité. »
La fronde s’organise. Plusieurs cadres du parti ont démissionné en signe de protestation. Le groupe Takuu Walu, majoritaire à l’Assemblée, a convoqué une conférence de presse pour dénoncer la validité de la démission de Malick Ndiaye. Aïssata Tall Sall, présidente de ce groupe, parle même de « coup d’État constitutionnel » et appelle Bassirou Diomaye Faye à saisir le Conseil constitutionnel.
Aïssata Tall Sall met en garde : « Si le président Faye ne réagit pas, c’est son propre fauteuil qui sera menacé. Sonko ne s’arrêtera pas là. »
Face à cette crise, Bassirou Diomaye Faye a nommé dans l’urgence un nouveau Premier ministre : Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, ancien ministre d’État et cadre de la BCEAO. Le chef du gouvernement a appelé à la « mobilisation nationale » pour traverser ce « tournant historique ».
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