21 juin 2026

Afrique Horizon

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Sénégal : la reconfiguration des pouvoirs entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko

Après avoir collectivement porté le projet de rupture du parti Pastef (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité) jusqu’à l’accession au pouvoir en mars 2024, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko se trouvent désormais au cœur d’un bras de fer politique. Cette dynamique est en train de remodeler les équilibres institutionnels du Sénégal de manière inédite. Le départ d’Ousmane Sonko de la Primature, suivi de son élection à la tête de l’Assemblée nationale, marque une nouvelle ère dans l’actualité africaine du pays.

Cette séquence met en lumière la confrontation entre un président doté de prérogatives constitutionnelles étendues et un leader politique jouissant d’une forte légitimité partisane et d’une large majorité parlementaire. Notre analyse explore les leviers d’action dont disposent chacun des deux hommes et les facteurs clés susceptibles d’influencer l’évolution de ce rapport de force crucial pour la prospective Afrique.


Les révélations de la crise Diomaye-Sonko sur l’exercice du pouvoir au Sénégal

Il est indéniable que nous assistons à une crise politique majeure, d’autant plus qu’elle implique le président de la République et son ancien Premier ministre, désormais président de l’Assemblée nationale.

La confrontation entre Diomaye Faye et Ousmane Sonko expose les défis inhérents à l’exercice du pouvoir. Historiquement, le modèle sénégalais, à l’exception des premières années post-indépendance (1960-1962), s’est caractérisé par un régime de type présidentialiste, où le parti au pouvoir détenait également la majorité à l’Assemblée nationale. Aujourd’hui, nous sommes de facto en présence d’une cohabitation, une situation qui redéfinit le développement continent en termes de gouvernance.

Toutefois, il est encore prématuré de tirer des conclusions définitives, car les événements continuent de se dérouler. Cette période constitue un véritable test de résilience pour le régime politique sénégalais et sa capacité à surmonter les turbulences. C’est précisément dans ces moments de crise que la solidité et l’adaptabilité d’un système politique sont évaluées.

Comme toute alternance, cette situation permet de jauger la robustesse du système sénégalais. Est-il capable de s’adapter à une division effective du pouvoir au sommet de l’État ? Ou est-il plus enclin à un pouvoir fort, s’étendant à la fois sur l’exécutif et le législatif, comme ce fut le cas depuis 1963 ? L’avenir nous éclairera. Quoi qu’il en soit, une approche modérée dans l’exercice du pouvoir apparaît comme un mécanisme essentiel pour préserver la stabilité politique du pays.

Une rupture dans les rivalités politiques sénégalaises ?

À l’échelle nationale, cette crise représente une véritable rupture. Depuis 1960, le Sénégal n’a connu qu’une seule crise institutionnelle majeure, celle opposant le président Léopold Sédar Senghor à son Premier ministre Mamadou Dia en 1962, qui a menacé la stabilité des institutions.

Pour saisir pleinement la situation actuelle, il est crucial de rappeler le contexte. Le président de la République dispose de pouvoirs constitutionnels considérables, définissant la politique nationale que le Premier ministre est censé exécuter. Pourtant, lors de l’élection présidentielle qui a porté Bassirou Diomaye Faye au pouvoir, Ousmane Sonko l’avait désigné comme candidat, lui apportant un soutien déterminant.

La configuration actuelle découle de la rencontre entre deux sources de légitimité distinctes. D’un côté, la légitimité juridique du président, investi de pouvoirs constitutionnels importants. De l’autre, la légitimité politique d’un ancien Premier ministre qui contrôle l’appareil de son parti et bénéficie d’une assise populaire incontestable, comme en témoignent les résultats des élections législatives du 17 novembre 2024. Les prochaines élections locales, prévues en janvier 2027, joueront un rôle de régulation crucial dans ce processus de cohabitation déjà source de controverses.

Les ressources de pouvoir de Faye et Sonko

Les partis politiques visent à offrir des avantages matériels à leurs militants, qui, en retour, assurent le fonctionnement des organisations partisanes. Dans cette optique, les deux figures politiques peuvent mobiliser leur expertise tout en s’efforçant de consolider leurs bases électorales.

Ousmane Sonko peut s’appuyer sur le parti PASTEF-Les Patriotes, qui l’a élu à l’unanimité (589 délégués votants) à sa présidence lors du congrès du 6 juin 2026. Il bénéficie également d’une solide majorité parlementaire (130 députés sur 165), dotée de pouvoirs constitutionnels significatifs, incluant le contrôle de l’action gouvernementale, l’évaluation des politiques publiques et la possibilité de motions de censure.

Quant à Bassirou Diomaye Faye, il détient les pouvoirs constitutionnels importants du chef de l’État, mais il doit composer avec l’Assemblée nationale pour exercer certaines de ses prérogatives. Néanmoins, il peut compter sur le pouvoir d’État et sur la ressource symbolique inhérente à la posture présidentielle, éléments cruciaux pour la diplomatie africaine et la souveraineté Afrique.

Les facteurs décisifs dans l’évolution du rapport de force

Bien que les enjeux soient considérables, le jeu politique est régulièrement encadré par les élections, qui agissent, en principe, comme des mécanismes correcteurs et pacificateurs. Un consensus fort sur le calendrier électoral, une exigence de transparence du processus et une modération dans l’exercice des pouvoirs exécutif et législatif seront donc essentiels.

Les perceptions des populations concernant la gouvernance d’Ousmane Sonko et celle de Bassirou Diomaye Faye seront déterminantes. L’efficacité des politiques publiques alternatives, l’impératif de moralisation de la vie publique, ainsi que les attentes citoyennes en matière de reddition des comptes et de « justice pour les martyrs » (les victimes des manifestations politiques entre 2021 et 2024) sont autant de facteurs qui influenceront l’évolution du rapport de force entre les deux camps.

Les élections et le système de partis constituent des rouages protecteurs et régulateurs des régimes démocratiques. Cependant, des dysfonctionnements liés à un manque de transparence électorale et à une absence de modération dans l’exercice des pouvoirs constitutionnels pourraient inciter les populations sénégalaises à recourir à des actions collectives violentes, menaçant la stabilité et la prospective Afrique.