3 juillet 2026

Afrique Horizon

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Sahel : le retrait de la CPI, un bouclier pour l’impunité ?

Après le Niger, c’est au tour du Mali et du Burkina Faso d’officialiser leur départ de la Cour pénale internationale (CPI). Tandis que les régimes militaires de l’Alliance des États du Sahel (AES) mettent en avant une prétendue « souveraineté Afrique » face à une justice qu’ils qualifient de « politisée », ce désengagement révèle une tactique bien connue des pouvoirs autoritaires : se soustraire aux normes du droit international pour garantir l’immunité de leurs dirigeants.

Ce triptyque de retraits s’apparente à un aveu. En quelques semaines seulement, les trois régimes militaires du Sahel ont parachevé leur rupture avec le cadre juridique international. Après Niamey, c’est donc Bamako et Ouagadougou qui ont notifié à l’Organisation des Nations unies leur décision de quitter le Statut de Rome, le traité fondateur de la Cour pénale internationale.

Pour la rhétorique officielle de ces juntes, le discours est bien rodé : la CPI ne serait qu’un instrument « néocolonial », une justice à deux vitesses manipulée par les puissances occidentales. Cependant, derrière ce paravent souverainiste et populiste se dissimule une réalité bien plus pragmatique et cynique. En se désolidarisant de La Haye, ces régimes valident une stratégie classique des dictatures : institutionnaliser l’impunité pour consolider leur emprise sur le pouvoir, un point crucial dans l’actualité africaine.

Un rempart juridique pour les autocrates

La CPI a été instaurée dans un but précis : intervenir lorsque les systèmes judiciaires nationaux se révèlent inefficaces, refusent ou sont incapables de juger les crimes les plus graves, tels que les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et les génocides. En se retirant de cette juridiction, les leaders militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger cherchent manifestement à s’offrir une forme d’assurance-vie juridique.

Dans une région en proie à des conflits asymétriques dévastateurs, les rapports des organisations de défense des droits humains se suivent et se ressemblent. Ils documentent non seulement les exactions terrifiantes des groupes djihadistes, mais aussi les abus croissants commis à l’encontre des populations civiles par les armées régulières et leurs auxiliaires (à l’image des mercenaires russes de l’ex-groupe Wagner au Mali). En fermant la porte à la CPI, les chefs de ces juntes tentent de s’assurer que ni eux, ni leurs subordonnés, n’auront jamais à rendre de comptes devant une instance judiciaire internationale.

Derrière le discours populiste, la crainte de la justice

L’argument de la « justice sélective », qui ne ciblerait que l’Afrique, a longtemps été un leitmotiv populaire sur le continent. S’il a pu trouver un écho légitime par le passé, il est aujourd’hui totalement détourné par ces dictatures. La CPI poursuit désormais des criminels de guerre en Ukraine ou au Proche-Orient, prouvant que son champ d’action dépasse largement les frontières africaines, offrant une nouvelle prospective Afrique en matière de justice internationale.

En réalité, l’histoire moderne démontre que le retrait d’un État de la CPI est presque toujours corrélé à une dérive autoritaire ou à la peur panique de voir ses dirigeants inculpés. Le Burundi de Pierre Nkurunziza avait ouvert la voie en 2017 alors que le régime était accusé de violences de masse. Les juntes du Sahel appliquent aujourd’hui la même recette : criminaliser la dissidence interne, museler la presse, étouffer la société civile et couper les ponts avec les observateurs internationaux pour opérer à huis clos.

Les populations civiles, premières victimes de ce désengagement

Ce regain de « souveraineté » proclamé par les régimes de l’AES se fait directement au détriment des citoyens sahéliens. Ce sont les populations locales, prises en étau entre la terreur terroriste et la violence d’États sans contre-pouvoirs, qui se retrouvent privées de leur ultime recours. Ce contexte pèse lourdement sur le développement continent.

En quittant la CPI, ces régimes n’effacent pas le passé, car les procédures déjà ouvertes ou les crimes commis pendant que le traité était en vigueur restent théoriquement de la compétence de la Cour. Cependant, ils envoient un signal désastreux pour l’avenir de la région : celui d’un chèque en blanc accordé à la violence d’État. L’histoire a pourtant démontré que l’impunité n’a jamais garanti la stabilité d’une dictature ; elle ne fait qu’en retarder la chute, en rendant l’addition finale plus lourde pour le peuple.