Le Burkina Faso tourne définitivement la page de ses relations avec la France

La junte militaire au pouvoir à Ouagadougou a tranché : le Burkina Faso rompt définitivement ses relations diplomatiques avec la France. Cette décision, annoncée officiellement par le gouvernement burkinabè, marque un tournant dans une relation déjà très tendue depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré en 2022.
Dans un discours retransmis à la télévision nationale, le ministre burkinabè de la Communication, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, a dénoncé des « ambitions néocoloniales » de la part de Paris et un « activisme incessant » jugé contraire aux intérêts souverains du pays. Une accusation que le Quai d’Orsay a qualifiée de « hostile et infondée », tout en exprimant sa préoccupation face à la « dérive inquiétante » des autorités burkinabè.
Une relation en chute libre depuis trois ans
L’histoire récente entre Ouagadougou et Paris est marquée par une succession de crises. Depuis son accession au pouvoir, le capitaine Traoré a systématiquement rejeté l’influence française dans la région, exigeant le départ des troupes françaises stationnées au Burkina Faso. Ces soldats, initialement déployés pour lutter contre les groupes jihadistes, étaient perçus comme un symbole de l’ingérence étrangère.
En réponse, le gouvernement burkinabè a progressivement tourné le dos à l’Hexagone pour se rapprocher de partenaires alternatifs comme la Russie et la Chine. Cette réorientation géopolitique s’inscrit dans une volonté affirmée de reconquérir une souveraineté pleine et entière, loin des schémas traditionnels de coopération occidentale.
Des accusations graves et des tensions persistantes
Le communiqué officiel burkinabè va plus loin : il accuse la France de soutenir des « réseaux subversifs » et de chercher à marginaliser son pays sur la scène internationale. Des allégations que Paris a catégoriquement rejetées, tout en appelant ses ressortissants présents au Burkina Faso à une « vigilance accrue » face à cette escalade diplomatique.
Cette rupture survient dans un contexte régional déjà explosif. Le Burkina Faso, comme ses voisins du Mali et du Niger, est en effet engagé dans une lutte sans merci contre les groupes armés qui menacent la stabilité du Sahel. Pourtant, malgré ces défis sécuritaires communs, Ouagadougou a choisi de privilégier une rupture radicale avec son ancien allié historique.
Un divorce politique aux conséquences multiples
Les autorités burkinabè précisent que cette décision ne remet pas en cause les « liens humains, culturels et sociaux » qui unissent les deux peuples. Cependant, la rupture des relations diplomatiques signifie la fin de toute coopération institutionnelle entre les deux États.
Cette escalade intervient alors que la junte militaire, arrivée au pouvoir en promettant un retour à l’ordre constitutionnel en 2024, a finalement prolongé son mandat. En janvier 2025, elle a même dissous les partis politiques, confirmant ainsi son ancrage dans une gouvernance autoritaire.
Par ailleurs, le Burkina Faso, aux côtés du Mali et du Niger, a officiellement quitté la CEDEAO en 2025 pour fonder l’Alliance des États du Sahel, marquant une nouvelle étape dans la refonte des alliances régionales.
La France, quant à elle, n’a plus d’ambassadeur à Ouagadougou depuis janvier 2023. En 2024, trois diplomates français avaient déjà été expulsés sous l’accusation d’activités subversives, une allégation que Paris avait fermement démentie.
Cette crise diplomatique illustre une tendance de plus en plus marquée en Afrique de l’Ouest : le rejet des influences extérieures traditionnelles au profit d’une autonomie stratégique renforcée. Une évolution qui pourrait redessiner durablement les équilibres géopolitiques du continent.
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