17 juillet 2026

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Représentation des femmes en politique : le Bénin fait-il assez ?

Une première historique au Bénin

La nomination de la capitaine Elvire Toupé comme aide de camp du président Romuald Wadagni marque un tournant symbolique dans l’histoire politique du Bénin. Cette décision, prise lors du premier conseil des ministres en mai 2026, fait d’elle la première femme béninoise à occuper ce poste depuis l’indépendance du pays en 1960. Officier de la Garde républicaine avant cette nomination, elle incarne désormais une avancée concrète en matière d’égalité des genres au sein des institutions.

Cette désignation a suscité des réactions positives, notamment de la part de Régis Hounkpè, analyste en géopolitique et directeur d’InterGlobe Conseils. Pour lui, cette étape dépasse le simple symbole : « Parce que c’étaient des femmes, cela reste des modèles. Les jeunes filles béninoises s’en inspirent, et dans l’imaginaire comme dans la réalité béninoise, les Amazones ont retrouvé un rôle central, que ce soit au sein de la communauté, des cercles décisionnels ou de la sphère publique. »

Cette nomination s’inscrit dans un contexte plus large où le Bénin rend hommage à son héritage historique, notamment à travers le monument dédié aux Amazones du Dahomey, installé à Cotonou. Ces guerrières légendaires, autrefois redoutées pour leur bravoure, deviennent ainsi une source d’inspiration pour les générations actuelles.

Un héritage historique qui inspire

La journaliste Wuldath Moussa Mama souligne le parallèle entre la nomination d’Elvire Toupé et le rôle historique des Agodjié, ces femmes guerrières qui ont marqué l’histoire du Dahomey. « C’est un rappel du courage et de la détermination des femmes aux côtés des souverains d’autrefois. Mais la vraie question est de savoir si cette nomination est une exception ou le début d’un mouvement plus large pour encourager les femmes à s’engager davantage en politique. Peut-être est-ce l’ouverture d’une porte qui leur permettra de conquérir davantage de terrain. »

Régis Hounkpè abonde dans ce sens en mettant en avant les valeurs incarnées par les Amazones : « Leur audace et leur ténacité face aux défis restent des références. Elles symbolisent la résilience et montrent que les femmes peuvent endosser des responsabilités majeures dans la gestion des affaires publiques. »

Une représentation encore limitée dans les institutions

Malgré cette avancée symbolique, la représentation des femmes dans les fonctions politiques et électives au Bénin reste insuffisante. Le premier gouvernement de Romuald Wadagni compte six femmes sur l’ensemble des ministres, dont les portefeuilles des Affaires étrangères, de l’Enseignement supérieur ou encore de la Famille et de l’Action sociale. Un chiffre en légère progression par rapport au gouvernement précédent, où cinq femmes occupaient des postes ministériels sur vingt-trois.

La vice-présidence, occupée depuis 2021 par Mariam Chabi Talata Zimé Yérima, constitue un symbole fort. Cependant, son rôle reste principalement protocolaire, ce qui interroge sur la réelle influence des femmes dans les décisions stratégiques. Comme le souligne Wuldath Moussa Mama : « La vice-présidence est un pas en avant, mais est-ce suffisant ? Son rôle est encadré par la Constitution, et son impact sur les politiques publiques reste à évaluer. »

À l’Assemblée nationale, la situation n’est guère plus encourageante. Lors de la dixième législature, inaugurée en février 2026, seulement 28 femmes siègent parmi les 109 députés, soit 25,7 % de l’hémicycle. Un chiffre identique à celui de la législature précédente. Grâce au code électoral, qui impose un siège par circonscription aux femmes, 24 d’entre elles ont été élues, tandis que quatre ont obtenu leur mandat en dehors de ce quota.

Pour Wuldath Moussa Mama, cette situation reflète des lacunes structurelles : « Le problème ne vient pas seulement des quotas, mais aussi de l’engagement des partis politiques. Il faut travailler sur la formation au militantisme et sur l’espace accordé aux femmes au sein des formations politiques. »

Vers une parité réelle ?

Si des progrès ont été réalisés, notamment à travers des mesures incitatives comme les quotas, la route vers une représentation équilibrée est encore longue. Les initiatives symboliques, comme la nomination d’une femme à un poste clé, doivent s’accompagner de changements profonds dans les mentalités et les pratiques politiques. L’enjeu n’est pas seulement de compter plus de femmes dans les institutions, mais de leur donner les moyens d’agir et d’influencer les décisions qui façonnent l’avenir du Bénin.