9 août 2026

Afrique Horizon

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Rejet historique de la France au Gabon : 78 % de gabonais hostiles à Paris

L’influence de la France au Gabon traverse une crise sans précédent. Une étude récente d’Afrobarometer révèle que 78 % des Gabonais jugent désormais l’engagement de Paris comme néfaste, contre seulement 20 % de perceptions positives. Ce rejet massif place l’ancienne puissance coloniale en queue de peloton parmi les partenaires internationaux de Libreville, un territoire autrefois perçu comme le bastion francophone du golfe de Guinée.

La Chine, en revanche, caracole en tête avec 61 % d’opinions favorables, suivie de près par l’Union africaine (60 %), les États-Unis (47 %) et la Russie (43 %). Autrement dit, Pékin est aujourd’hui considéré par les Gabonais comme un allié trois fois plus légitime que la France. Cette inversion des rapports de force illustre une mutation profonde des attentes diplomatiques dans un pays où l’influence économique et militaire française semblait autrefois inamovible.

Une vague de défiance qui dépasse le Gabon

Ce rejet n’est pas un phénomène isolé. Depuis le départ des troupes françaises du Mali, du Burkina Faso et du Niger, la contestation de Paris s’étend bien au-delà du Sahel. Le Tchad a réclamé, fin 2024, une révision de ses accords de défense, tandis que le Sénégal a obtenu la fermeture des bases militaires françaises. La Côte d’Ivoire a emboîté le pas. Le Gabon, où la junte dirigée par Brice Clotaire Oligui Nguema a pris les rênes en août 2023, s’inscrit pleinement dans cette dynamique de remise en question des alliances historiques.

Sur le plan symbolique, la réduction progressive des bases françaises en Afrique et la transformation des Éléments français au Gabon (EFG) en une mission de coopération reflètent ce tournant. Le discours officiel de Libreville, axé sur la souveraineté nationale et la diversification des partenariats, résonne avec une population lasse d’un partenariat perçu comme déséquilibré.

La Chine, championne d’une diplomatie pragmatique

L’ascension de Pékin ne se limite pas à ses investissements ou à ses prêts. Elle repose aussi sur une communication apaisante, qui évite les pressions politiques et met en avant des réalisations concrètes : infrastructures, centres hospitaliers, réseaux de télécommunication. Le manganèse gabonais, dont la Chine est un client stratégique, nourrit cette relation transactionnelle, jugée bien plus tangible que les complexités des liens franco-gabonais.

La Russie, avec 43 % d’opinions favorables, mise quant à elle sur un discours anti-occidental amplifié par les réseaux sociaux. Malgré une présence économique limitée, Moscou profite d’un récit souverainiste qui séduit une jeunesse urbaine connectée. L’Union africaine, avec 60 % de soutiens, confirme que le multilatéralisme continental conserve une forte légitimité, malgré la suspension du Gabon après le coup d’État de 2023.

Un défi stratégique pour la diplomatie française

Ces chiffres sonnent comme un signal d’alarme pour Paris. Le Gabon abrite encore des intérêts économiques majeurs pour la France, notamment à travers Eramet dans le secteur du manganèse, TotalEnergies dans les hydrocarbures, ou encore les établissements bancaires et logistiques. L’érosion de l’image de la France pourrait fragiliser ces positions, d’autant que les autorités de transition gabonaises réexaminent actuellement les appels d’offres publics.

Les tensions autour du franc CFA, les débats sur la restitution des artefacts culturels et le poids des ingérences postcoloniales alimentent un ressentiment profond que seule une refonte structurelle de la diplomatie française pourra atténuer. Les données d’Afrobarometer indiquent clairement que des ajustements superficiels ne suffiront pas : une refonte en profondeur du logiciel relationnel est indispensable.

Cependant, la transition politique en cours au Gabon, qui doit mener à une élection présidentielle et au rétablissement de l’ordre constitutionnel, pourrait bouleverser la donne. Le futur gouvernement issu des urnes devra naviguer entre la préservation des intérêts économiques, les attentes populaires en faveur d’un changement radical et l’attractivité croissante des propositions chinoises, américaines et russes.