Un décret gouvernemental qui frappe de plein fouet les éleveurs de poules pondeuses
Le secteur avicole burkinabè traverse une zone de turbulences sans précédent. Les autorités ont récemment imposé une décision lourde de conséquences : le prix de l’œuf de poule pondeuse est désormais plafonné à 100 francs CFA l’unité pour le consommateur final. Dans la pratique, cela se traduit par un prix de 2 600 francs CFA pour un plateau de 26 œufs destiné aux grossistes, et 2 750 francs CFA pour les revendeurs. Présentée comme une mesure sociale visant à alléger le budget des ménages, cette initiative s’apparente en réalité à un véritable étau autour du cou des producteurs locaux.
Des coûts de production en hausse, des prix bloqués : l’équation impossible
Comment fixer un prix de vente sans tenir compte de l’envolée des coûts de production ? Les éleveurs de poules pondeuses au Burkina Faso font face à une réalité implacable : le prix des intrants, notamment la provende (maïs, tourteaux de soja et de coton, minéraux), a littéralement explosé ces derniers mois. Entre l’inflation galopante, l’augmentation des frais de transport et les tensions persistantes sur les chaînes d’approvisionnement, les charges se sont multipliées.
En décidant unilatéralement de plafonner le prix de l’œuf à 100 francs CFA tout en laissant filer celui de la provende, l’État condamne les aviculteurs à travailler à perte ou, dans le meilleur des cas, à une rentabilité quasi nulle. Une telle mesure revient à nier la réalité économique du terrain et à ignorer les contraintes financières des producteurs.
La liberté d’entreprendre en péril : un signal alarmant pour les investisseurs
Le principe fondamental de l’économie de marché repose sur la liberté tarifaire, où l’offre et la demande déterminent les prix. Lorsqu’un gouvernement s’immisce dans la fixation des tarifs des entreprises privées, il ne régule plus : il étouffe. Ce décret envoie un message inquiétant aux entrepreneurs burkinabè : leurs investissements, leurs emprunts et leurs efforts pour créer de la richesse peuvent être réduits à néant par une décision administrative arbitraire.
Pourquoi un investisseur prendrait-il le risque de mobiliser des millions de francs CFA pour développer une exploitation avicole, de recruter une main-d’œuvre locale ou de contracter des prêts bancaires, si l’État se réserve le droit de plafonner ses revenus à un seuil qui ne reflète en rien ses charges réelles ? Cette mesure décourage l’initiative privée et fragilise davantage un secteur déjà en difficulté.
Les conséquences désastreuses d’un prix plafonné
L’histoire économique regorge d’exemples montrant que les tentatives de contrôle des prix aboutissent souvent à l’effet inverse de celui escompté. Plusieurs scénarios peu réjouissants se dessinent à court terme pour la filière avicole burkinabè :
- La faillite des petits producteurs : Moins armés financièrement face aux grands groupes, les petits éleveurs seront les premières victimes. Leur disparition entraînera la perte de milliers d’emplois dans les zones rurales.
- Une réduction drastique de la production : Pour limiter les pertes, les aviculteurs pourraient diminuer la taille de leurs cheptels, ce qui réduira mécaniquement l’offre sur le marché.
- L’émergence d’un marché noir : La pénurie d’œufs dans les circuits officiels poussera les consommateurs vers des canaux illégaux, où l’œuf se vendra à un prix bien supérieur à 100 francs CFA. Ironiquement, les ménages les plus modestes, initialement ciblés par la mesure, seront les plus pénalisés.
Vers une régulation équilibrée : subventionner la production plutôt que plafonner les prix
Protéger le pouvoir d’achat des Burkinabè est une priorité, mais cette protection ne doit pas se faire au détriment des producteurs. Si le gouvernement souhaite réellement rendre l’œuf accessible à tous, il doit agir en amont de la chaîne de valeur. Plusieurs leviers pourraient être actionnés :
- Subventionner massivement la production de provende pour réduire les coûts d’alimentation des poules pondeuses.
- Exonérer de taxes les intrants avicoles afin d’alléger la charge des éleveurs.
- Faciliter l’accès au crédit pour les petits et moyens producteurs afin de moderniser leurs infrastructures et améliorer leur productivité.
Placer un prix plafond sur l’œuf sans résoudre la question des coûts de production est une aberration économique. C’est aussi un signal dangereux envoyé aux acteurs économiques : la liberté d’entreprendre dépend désormais de la bonne volonté des décrets, et non plus de la compétitivité ou de l’innovation. Pour préserver la filière avicole et garantir la souveraineté alimentaire du pays, une autre voie s’impose : libérer les prix et soutenir activement la production.
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