24 mai 2026

Afrique Horizon

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Niger : Niamey crée une société nationale pour reprendre le contrôle de l’uranium face à orano

Le Niger prend son destin minier en main avec la création de TSUMCO SA

Les autorités nigériennes ont acté une rupture historique avec le géant français Orano Mining en nationalisant définitivement l’exploitation de l’uranium du pays. Une décision lourde de conséquences, annoncée lors d’un Conseil des ministres présidé par le général Abdourahamane Tiani, qui marque la fin d’une concession accordée en 1978 pour 75 ans.

Une nouvelle entité nationale pour gérer les gisements d’uranium

Le gouvernement nigérien a officialisé la création de la Teloua Safeguarding Uranium Mining Company (TSUMCO SA), une société publique chargée de remplacer la Société des mines de l’Aïr (SOMAIR), nationalisée en 2025. Cette structure inédite doit désormais superviser l’exploitation des ressources uranifères d’Arlit, cœur historique de la production minière du pays.

Le choix du nom « Teloua » n’est pas anodin : il renvoie à une nappe phréatique souterraine située dans la région d’Arlit, où se trouvait également la mine COMINAK, exploitée par Orano/Areva entre 1978 et 2021. Pour les autorités, cette appellation symbolise un devoir de mémoire envers les écosystèmes sahariens profondément affectés par des décennies d’exploitation minière intensive.

Un contentieux judiciaire avec Orano Mining

La décision nigérienne s’inscrit dans un contexte de tensions accrues avec le groupe français, qui refuse de payer une redevance superficiaire instaurée par Niamey. Depuis août 2024, cette redevance est fixée à 25 millions de francs CFA par km² et par an pour les périmètres non exploités de la concession d’Arlit. Orano, mis en demeure en septembre 2025 sans régulariser sa situation, voit son contrat d’exploitation annulé pour non-respect des obligations légales.

Le ministre nigérien des Mines, Ousmane Abarchi, dénonce un « quasi-harcèlement judiciaire » de la part d’Orano, qui multiplie les recours pour bloquer les exportations d’uranium nigérien. Ces procédures, selon Niamey, visent à paralyser l’économie minière du pays dans un contexte de dégradation des relations bilatérales entre le Niger et la France.

Des enjeux environnementaux et économiques majeurs

Le gouvernement nigérien justifie cette nationalisation par les impacts dramatiques des activités minières sur les sols, les ressources en eau et les écosystèmes du Sahara. Les autorités rappellent également les obligations fiscales et environnementales non respectées par Orano au fil des décennies, soulignant que la création de TSUMCO SA s’inscrit dans une logique de souveraineté minière et de redressement économique.

Cette décision s’ajoute à une série de mesures prises par Niamey pour reprendre le contrôle de ses ressources stratégiques, dans un contexte géopolitique marqué par une volonté d’émancipation vis-à-vis des partenariats historiques avec l’ancienne puissance coloniale.