23 juillet 2026

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Niger : libération urgente de Moussa Tiangari réclamée par l’ONU

Niger : libération urgente de Moussa Tiangari réclamée par l’ONU

08/07/2026
Déclaration
Niger
  • Défenseurs des droits humains

La Fédération internationale pour les droits humains et l’Organisation mondiale contre la torture, via l’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains, saluent la décision du Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire. Celui-ci qualifie la détention de Moussa Tiangari d’illégale et exige sa libération immédiate et sans condition.

8 juillet 2026. Le 23 juin 2026, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire (GTDA) a rendu public un avis historique. Dans ce document daté du 23 mars 2026, il déclare « arbitraire » la privation de liberté de Moussa Tiangari, défenseur nigérien des droits humains. Cette décision fait suite à une plainte déposée par l’International League Against Arbitrary Detention (ILAAD), soutenue activement par la société civile, dont l’Observatoire, qui milite depuis des mois pour sa libération.

Le parcours de Moussa Tiangari, secrétaire général de l’organisation Alternative espaces citoyens (AEC), est marqué par un harcèlement judiciaire constant. Le 3 décembre 2024, il est enlevé à son domicile à Niamey avant d’être détenu au secret pendant 48 heures, suscitant de vives craintes quant à d’éventuels actes de torture. Localisé le 5 décembre dans les locaux du Service central de lutte contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière organisée (SCLCT/CTO), il est placé en garde à vue, puis inculpé le 3 janvier 2025 par le doyen des juges d’instruction du Tribunal de grande instance hors classe de Niamey.

Son arrestation survient le jour même de son retour d’Abuja, où il participait au Conseil d’administration du Centre pour la démocratie et le développement (CDD), partenaire de l’AEC. Quelques jours plus tôt, il assistait à la conférence « Humanitarium Itinérant » à Abidjan, organisée par le CICR pour commémorer les 75 ans des Conventions de Genève. Un journaliste proche des autorités nigériennes l’accuse alors, dans un article du 4 décembre 2024, d’avoir tenu des propos nuisibles aux intérêts du Niger. Par ailleurs, l’AEC avait organisé le 28 novembre 2024 une conférence critique sur la déchéance de nationalité décidée par le régime militaire nigérien, réunissant le procureur de la République et d’anciens dignitaires, dont un ancien ministre de la Justice.

Selon l’avis du GTDA, la détention de Moussa Tiangari est arbitraire car elle manque de fondement juridique, viole son droit à un procès équitable et repose sur des motifs discriminatoires liés à l’exercice de sa liberté d’expression, de réunion pacifique et d’association. Le Groupe de travail souligne la violation par les autorités nigériennes de multiples articles de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

Détenu à la prison de sécurité de Filingué, Moussa Tiangari fait face à des accusations graves : « apologie du terrorisme », « atteinte à la sûreté de l’État », « association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste », « atteinte à la défense nationale » et « complot contre l’autorité de l’État ». Ces chefs d’accusation pourraient, en cas de condamnation, entraîner la peine de mort. Malgré cela, sa demande de remise en liberté provisoire a été rejetée le 15 mai 2026 par la chambre de contrôle du pôle spécialisé en matière de lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale organisée de la Cour d’Appel de Niamey.

Une nouvelle ordonnance, en date du 26 juin 2026, modifie rétroactivement l’article 615 de l’ordonnance n°2026-10 du 16 février 2026. Cette modification porte la durée maximale de la détention provisoire à quatre ans en matière criminelle, renouvelable une fois, alors que Moussa Tiangari est détenu depuis plus d’un an et demi. Ses avocats ont saisi la Chambre de contrôle spécialisée le 19 juin 2026 pour exiger sa libération, alertant sur une possible instrumentalisation du code de procédure pénale.

Ce n’est malheureusement pas une première pour Moussa Tiangari. En mai 2015, il avait été arbitrairement détenu pendant dix jours et poursuivi pour « atteinte à la défense nationale » et « propos de nature à démoraliser les troupes ». En mars 2018, il a de nouveau été arrêté et détenu quatre mois pour son rôle dans des manifestations pacifiques contre la loi de finances. En mars 2020, il a été incarcéré un mois et demi après avoir dénoncé des détournements de fonds dans l’achat de matériel militaire lors d’une manifestation anti-corruption.

Sa situation s’inscrit dans un contexte plus large de répression accrue depuis le coup d’État du 27 juillet 2023. Les droits à la liberté d’expression, d’opinion, d’association, de réunion et de manifestation sont systématiquement bafoués au Niger. Les arrestations arbitraires et les déchéances de nationalité ciblent les défenseur·es des droits humains et toutes les voix dissidentes.

L’Observatoire exige des autorités nigériennes qu’elles se conforment sans délai à l’avis du GTDA en libérant immédiatement Moussa Tiangari, en abandonnant les charges retenues contre lui, en lui accordant une réparation et en ouvrant une enquête indépendante sur les circonstances de sa détention arbitraire. Il demande également une enquête approfondie sur les allégations de torture et de mauvais traitements subis par le défenseur.

Enfin, l’Observatoire appelle à mettre fin à tout harcèlement judiciaire contre Moussa Tiangari et l’ensemble des défenseur·es des droits humains au Niger. Les autorités doivent garantir en toutes circonstances le respect du droit à la liberté d’expression, conformément au droit international, notamment l’Article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et l’Article 9 de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples.