22 mai 2026

Afrique Horizon

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Menace terroriste au Mali : l’état islamique du Sahel persiste dans le nord-est

Au Mali, l’État islamique au Sahel (ISSP) conserve une emprise significative dans le nord-est, malgré l’attention portée au JNIM.

Les régions de Gao et de Ménaka, notamment le cercle d’Ansongo, restent des zones où l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS), aujourd’hui appelé Province sahélienne de l’État islamique (ISSP), exerce une influence déterminante. Les localités des « 3 T » – Talataye, Tin-Hama et Tessit – ainsi que Labbezanga forment un axe stratégique où le groupe étend son contrôle, imposant une gouvernance locale et perturbant les activités communautaires.

Une direction en mutation

Sous le commandement d’Abou Al-Bara, successeur d’Adnan Abu Al-Walid Sahraoui (éliminé en 2021), l’ISSP a ajusté ses méthodes depuis 2020. Abandonnant les attaques massives et les exécutions publiques, le groupe privilégie désormais une stratégie discrète : contrôle territorial, pression sur les populations et sécurisation des axes logistiques. Cette approche, combinée à des actions de « bienfaisance » locale, vise à s’enraciner durablement.

Les Forces Armées Maliennes (FAMa) maintiennent une pression militaire constante. Dans la nuit du 14 au 15 mai 2026, une frappe aérienne à Bara (Ansongo) a neutralisé un responsable opérationnel de l’ISSP, ainsi que plusieurs de ses adjoints. Cette intervention illustre l’engagement des autorités maliennes contre les bastions du groupe, tout en révélant sa résilience et sa capacité à se reconstituer dans les zones frontalières.

Actions et rivalités régionales

L’ISSP cible systématiquement les axes transfrontaliers entre le Mali et le Niger, notamment Talataye, Tin-Hama, Tessit, Labbezanga et Ménaka. En contrôlant les mouvements de personnes et de marchandises, le groupe renforce son emprise sur ces corridors, essentiels pour son approvisionnement et ses déplacements. Son influence s’étend également aux groupes armés locaux, consolidant ainsi sa domination.

La rivalité avec le JNIM joue un rôle clé dans le paysage sécuritaire malien. Si le JNIM a récemment mené des attaques spectaculaires, notamment autour de Bamako en avril 2026, l’ISSP opère dans l’ombre. Contrairement à son rival, il évite les confrontations directes, préférant une infiltration progressive des communautés et une exploitation des faiblesses locales. Les transfuges du JNIM, autrefois sources de tensions limitées, ont vu cette trêve érodée depuis 2020. Pourtant, les offensives des FAMa ont temporairement recentré l’attention des deux groupes sur leur ennemi commun, sans pour autant aboutir à une coopération formelle.

Menaces persistantes et adaptation tactique

Selon les données ACLED du 15 mai 2026, 86 % des activités de l’État islamique en Afrique au premier trimestre 2026 étaient concentrées dans cette région. L’ISSP diversifie ses méthodes : drones armés, attaques motorisées et pressions économiques ciblent les infrastructures civiles et militaires le long de l’axe Ménaka-Ansongo-Tessit et à Labbezanga. Une attaque récente contre un convoi civil à Kobé, à 35 km de Gao, en février 2026, témoigne de sa capacité à exploiter les vulnérabilités locales pour imposer sa loi.

Bien que la coopération sécuritaire internationale ait permis l’élimination de cadres clés, comme Abu-Bilal Al-Minuki (neutralisé le 16 mai 2026 dans le bassin du lac Tchad), la menace de l’ISSP persiste. Ses bastions des « 3 T » et de Labbezanga restent des zones où son contrôle territorial et son influence sur les groupes armés locaux sont solidement ancrés. En se fondant dans le paysage sécuritaire et en capitalisant sur la médiatisation du JNIM et du FLA, l’ISSP continue de menacer la stabilité du Mali, exigeant une vigilance accrue, en particulier le long de la frontière nigéro-malienne.